17 octobre 1997
L'expérience vécue par les citoyens de l'Ile St-Ignace est importante parce que toutes les caisses populaires de la Province sont susceptibles, dans l'état actuel de leur fonctionnement, de vivre des situations similaires à ce qui s'est passé dans ce village. Partout, les sociétaires peuvent réaliser qu'ils ont des droits et qu'ils peuvent les faire respecter. Malgré tous les efforts des dirigeants de cette Caisse, de la Fédération et de la Confédération, ces gens ont réussi à ébranler le système et montrer que l'exercice de la démocratie pouvait contrer les pratiques abusives.
Les citoyens de l'Ile St-Ignace se sont pris en main et ont décidé de procéder à un nettoyage en profondeur dans leur Caisse populaire. Pendant des mois, il s'était manifesté des plaintes fort graves vis-à-vis des dirigeants de cette Caisse et, en particulier, de son Directeur général, Robert Bilodeau. La Fédération des Caisses de Lanaudière a fait la sourde oreille face aux doléances des sociétaires et a même induit en erreur la population spécialement par la voie des médias régionaux. L'Adjoint au Directeur général de la Fédération des Caisses de Lanaudière, M. Roland Granger, a même envoyé une note à tous les directeurs de Caisses de la région pour leur dire que tout était normal dans cette Caisse et que, sur le fond, la Caisse était sur du solide au plan juridique. Il fut démontré depuis le début de l'été 1997 que nombre d'informations émanant de cette Caisse et de la Fédération étaient trompeuses, sinon carrément inexactes. A la lumière des plus récents événements, tous les faits rapportés par les victimes concernées et le Regroupement se sont avérés exacts.
Qui plus est, M. André Chapleau, porte-parole de la onfédération, déclarait sur les ondes d'une station radiophonique du Lac St-Jean à la fin de juillet dernier avoir passé deux jours à la Caisse de St-Ignace pour constater "que tout était très normal" et que la contestation était le fait d'une poignée d'ex-membres "qui auraient eu des conflits de personnalité" avec le directeur-général fortement contesté. Belle tentative de maquillage de la vérité, n'est-ce pas?
Des personnes de l'Ile St-Ignace ont fait appel au Regroupement pour les aider dans la défense de leur cause. Le Mouvement Desjardins a essayé depuis juin 1997 de contrer le travail de cet organisme sans succès. Sans un effort collectif des citoyens de l'Ile St-Ignace et du Regroupement, les dirigeants de la Caisse et de la Fédération n'auraient absolument rien fait pour régler les problèmes graves qui avaient été pourtant été portés à leur connaissance. La pratique habituelle chez Desjardins aurait prévalu, soit d'enterrer les victimes et leurs problèmes, simplement pour sauver l'image!
Le Regroupement a tenu une assemblée d'information au début de juillet 1997 où plus de 200 personnes de St-Ignace et des villages environnants se sont présentées. Ce fut l'occasion pour plusieurs d'exprimer leurs problèmes et leurs mésaventures face aux dirigeants de la Caisse de l'Ile St-Ignace mais aussi l'occasion de se renseigner sur leurs droits comme sociétaires de caisse populaire. Le Mouvement Desjardins s'est empressé de nier l'existence des problèmes et des irrégularités dans cette Caisse et les administrateurs de cette dernière ont même envoyé une mise en demeure à des personnes qui s'étaient exprimées pour les intimider et empêcher d'autres de faire valoir leur droit de parole. À l'occasion de cette assemblée, les participants ont signé une pétition pour demander la tenue d'une assemblée extraordinaire de la Caisse selon les délais, tel que la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit le prévoit. Le texte de la pétition contenait aussi les éléments qui devaient faire partie de l'ordre du jour de cette assemblée.
Malgré la volonté des sociétaires présents à cette assemblée, les dirigeants de la Caisse, conseillés par des personnes de la Fédération des caisses de Lanaudière et de la Confédération, ont décidé de passer outre au texte de la pétition et de se forger un ordre du jour différent, en contravention formelle des dispositions de la Loi. C'était là une nouvelle manifestation d'arrogance vis-à-vis des sociétaires de la Caisse et des résidents de l'Ile St-Ignace. La première exigence était le congédiement immédiat du Directeur général. Les dirigeants de la Caisse et de la Fédération ont ignoré cette demande.
L'assemblée extraordinaire s'est tenue le 17 septembre 1997. Le Mouvement Desjardins a tenté alors un véritable coup de force en empêchant tous les non sociétaires présents, même s'ils avaient été invités par voie de communiqué déposé à leur résidence, d'assister à l'assemblée, y compris les journalistes. Surprise: l'assemblée a décidé, par une majorité écrasante, de faire entrer les journalistes. Environ 200 personnes ont eu l'occasion de faire amplement état des irrégularités et problèmes de la Caisse. Le Directeur général était toujours au centre des critiques soulevées. Des faits plus que troublants furent présentés, faits devant lesquels les administrateurs n'ont pu que baisser la tête ou blêmir. Ils ont dû admettre bien des déficiences ce soir-là devant toute l'assistance. Des suites concrètes étaient attendues dans un court délai puisque l'assemblée annuelle de la Caisse se tenait le 30 septembre suivant.
Depuis cette assemblée, les événements se sont précipités. Le Directeur général a été forcé de démissionner, sinon il était tout simplement congédié. Il a tout tenté pour sauver la face, ne comprenant visiblement pas la nature des gestes fort graves qu'il avait posés à l'encontre de sociétaires et même d'employés de la Caisse. Il a finalement quitté la Caisse peu avant l'assemblée générale en tentant un dernier coup d'éclat, soit de tenir une conférence de presse où les journalistes n'avaient pas le droit d'utiliser leur caméra. Il voulait encore rire des gens et tout cela s'est retourné complètement contre lui. Il aurait reçu une somme substantielle pour quitter la Caisse, somme que l'Adjoint au Directeur général a refusé de révéler depuis. Devant les pressions des membres, les dirigeants de la Caisse ont accepté de se rendre aux demandes des sociétaires.
Lors de l'assemblée générale tenue devant plus de 200 personnes, fort intéressées et éclairées, le nettoyage demandé par la population a pris forme effectivement: avec le départ du Directeur général et de plusieurs administrateurs et leur remplacement par des personnes plus crédibles, avec la création de la commission spéciale qui va tenir des audiences publiques au cours de l'automne 1997, ce qui est une première au Québec, avec le questionnement de la gestion de la Caisse, avec l'obtention par les sociétaires du droit de consulter tous les rapports d'inspection et de validation de la Caisse des 5 dernières années et des années suivantes. Ceci est une autre première que l'Adjoint au Directeur général de la Fédération s'est empressé de contester même si l'assemblée était presqu'unanime pour exiger cela.
Les hautes autorités du Mouvement Desjardins, autant à la Confédération qu'à la Fédération des Caisses de Lanaudière, ont tenté d'empêcher les résidents de l'Ile St-Ignace, mais aussi de toute la Province, d'apprendre la vérité sur ce qui se passait dans cette Caisse. Au cours des derniers mois, ces événements ont permis de mettre en évidence de nombreux écarts aux règles démocratiques les plus élémentaires. Même plus, les avis de convocation de l'assemblée extraordinaire, de l'assemblée générale ainsi que l'avis d'élection prévu à l'assemblée générale n'étaient pas conformes à la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit. L'Adjoint au Directeur général de la Fédération de Lanaudière n'a pas davantage tenu compte de cette Loi en ne s'assurant pas de faire envoyer à l'avance aux sociétaires, pour consultation, les modifications aux règlements de la Caisse de l'Ile St-Ignace, en disant aux personnes présentes à l'assemblée générale qu'elle n'avait pas le choix que d'accepter les changements tels qu'imposés!
Ce qui s'est passé à l'Ile St-Ignace est une indication claire que, partout dans la Province, les Québécois peuvent reprendre le contrôle perdu sur leurs Caisses et exiger des administrateurs d'expliquer leurs actes.
Le Regroupement continuera à fournir toute information pertinente concernant la Caisse de l'Ile St-Ignace. Il informera les Québécois sur les moyens à leur disposition pour ramener les Caisses Populaires et l'ensemble du Mouvement Desjardins à ses fondements, ceux d'une coo-pérative, ce qu'il n'est plus du tout, malgré ce que les hauts dirigeants du Mouvement persistent à faire croire à la population.
La population de l'Ile St-Ignace a fait preuve d'une grande solidarité et d'une volonté ferme de prendre en charge le bien de la collectivité. C'est un exemple à suivre! Ces gens ont osé dire tout haut ce que bien d'autres pensent tout bas. Le résultat est positif: ils ont permis que commence un véritable nettoyage.
Cela est bien dérangeant pour le Président du Mouvement Desjardins qui a cru que bloquer la démarche de ces gens allait enlever toute tentation à d'autres, à travers la Province, d'engager une opération semblable!
