Ste-Foy, le 14 octobre 1996
Monsieur,
En prenant connaissance du journal le Devoir du 25 septembre dernier, j'ai lu une déclaration stupéfiante, même fascinante, que vous avez faite devant des journalistes de la presse parlementaire en réaction aux faits rendus publics par le Regroupement des Victimes des Caisses Populaires. Je suis l'une de ces malheureuses victimes que votre organisation sait si bien traitée comme des "riens", tout cela pour sauver l'image de façade. Mon cas touche plus d'une Caisse de l'Estrie, mais surtout celle de Sherbrooke-Est ainsi que la Fédération des Caisses de l'Estrie.
Quand je vous ai vu affirmer "...Je voudrais qu'on me présente un seul cas qui ne s'est pas réglé hors cours ou à l'amiable", je me suis dit ou il a subi une lobotomie ou il a décidé de mentir volontairement en étant certain que les Québécois allaient boire ses paroles sans se rendre compte de la duperie. Drôle d'illusion ou d'arrogance! Votre sourire à la télévision était aussi révélateur d'une personne qui se foutait des personnes, qui les traite comme des petits du haut de sa "suite présidentielle".
Puisque vous avez des pertes "momentanées" de mémoire, je vais vous aider à vous rappeler du mien, qui résume à lui seul toutes les bassesses et irrégularités dont peuvent se rendre coupables des gens de votre organisation dans le simple but de servir les intérêts particuliers de leurs petits amis. Je ne vous conterai pas ici toute mon histoire. Votre ami, André Roy, s'est déjà sans doute permis de vous en fournir une version tronquée pour sauver son image. Je tiens aussi à vous dire que je vais m'assurer que soient rendus publics tous les dessous de mon dossier, et surtout les documents recueillis qui viennent montrer comment, de façon incontournable, on s'y prend pour monter un complot contre des gens dans votre organisation. C'est pas beau du tout et les Québécois vont réagir vite en apprenant la vérité. Pensez-y bien!
Le rapport annuel de la Caisse Sherbrooke-Est en date du 31 octobre 1994 faisait croire aux sociétaires que la Caisse avait gagné sa cause contre moi alors que le Tribunal avait reconnu celle-ci coupable de procédure abusive, d'allégués faux et d'actes irréfléchis. La Fédération des Caisses de l'Estrie n'a pas davantage exigé correction de cette fausseté. Le jugement est tout à fait clair: j'ai gagné sur le fond mais pas sur le montant du dédommagement, ce qui est en appel.
Le président de cette Caisse, alors Me Gilles Coulombe, a admis, devant les caméras de télévision (cf. émission du Point de mai 1995) que sa Caisse avait fabriqué un faux affidavit, par l'intermédiaire de Robert Aubé, son Directeur du crédit, qui, lui-même, était associé en affaires et dont nombre de transactions passaient par le Vice-président de cette Caisse, le notaire Claude Gagnon. Étaient aussi impliqués dans mon dossier, le Directeur général de la Caisse, Gilles Côté, et le conseiller juridique de celle-ci, Me Guy Desrosiers. Le notaire Gagnon a même été jusqu'à dire en pleine Cour, il faut le faire, qu'il ne savait pas ce qu'était un affidavit!
Même s'il s'est avéré que toute cette magouille était un coup monté pour me détruire et me discréditer et qu'il a été démontré hors de tout doute que j'étais blanc comme neige, il n'en demeure pas moins que j'ai perdu toutes mes entreprises à Sherbrooke, ai dû vendre à perte, sans compter tous les frais pour me défendre et tous les préjudices de santé, psychologiques et autres inhérents à une telle bavure de votre organisation. On m'a sali d'une façon incroyable. Les coupables dans cette affaire étaient certains que je ne pourrais jamais m'en relever.
Surprise! J'ai reconstitué toute la filière des magouilles dans mon dossier et recueilli une quantité impressionnante d'informations solides, avec documents officiels, qui vont vous faire vieillir de plusieurs années au fur et à mesure qu'elles seront dévoilées devant les Québécois. Je n'en dirai pas davantage sauf pour résumer le tout par les mots suivants: complot, fabrication de faux, corruption, dérogations au code d'éthique des professionnels (avocats, notaires, etc...), pots de vin, privilèges, parjure, camouflage, "cover up" d'activités criminelles, etc...
Comment avez-vous pu oublier ce cas, le 24 septembre dernier, alors que les médias en ont abondamment parlé? Comment, par ailleurs, avez-vous pu laisser Me Dunigan, Procureur de la Caisse contre moi en appel, devenir membre du conseil d'administration de la Caisse de Sherbrooke-Est? Comme se fait-il que Robert Aubé a fait faillite et continué à être à l'emploi et payé par la Caisse pendant une longue période? Comment se fait-il que ce même individu ait vendu des condos à mon ex-associé au moment où on mettait à terre mes propres entreprises? Était-ce pour acheter le témoignage de mon ex-associé contre des prêts? Comment se fait-il qu'on ait récompensé Aubé pour avoir fabriqué un faux affidavit? Comment se fait-il que ce même Aubé a pu faire financer à 100% sa résidence personnelle par son oncle, Rosaire Aubé, Directeur du crédit à la Caisse Sociale?
Comme l'a révélé la Tribune de Sherbrooke et puis The Gazette, la Caisse de Sherbrooke-Est a contribué à l'implantation des Hells en Estrie en leur prêtant autour de 300 000$ pour bâtir leur repaire de Lennoxville sans déclarer quelques revenus pour garantir ce prêt. N'est-il pas curieux que cette Caisse et votre Fédération aient enterré cette affaire? N'est-il pas curieux également que cette Caisse et cette même Fédération aient recouru contre moi à des avocats reconnus pour défendre les Hells? Combien de centaines de milliers de $ de l'argent des sociétaires a été dépensé pour me détruire? Qui mène(ent) exactement dans la Fédération des Caisses de l'Estrie? Je pourrais aussi vous expliquer les manipulations de la Caisse de Fleurimont autour de la vente de l'hypothèque de l'un de mes immeubles. Très spécial! Il faudra aussi que vous expliquiez au public comment il se fait que la Caisse de Sherbrooke-Est a acheté un Syndic pour la somme de 20 000$. Toutes ces procédures m'ont obligé à tout vendre et ma famille a subi un stress considérable. On a détruit mon crédit et tenté par tous les moyens de me mettre en faillite, sans succès jusqu'ici. Pourquoi un tel complot et tous ces efforts pour masquer la vérité. Et vous, Monsieur le Président, vous en êtes responsable, tout cela pour sauver l'image de Desjardins et éviter que les Québécois découvrent les laideurs du système. Nul ne peut gagner contre Desjardins: tout est honorable! Mais, si c'était le contraire, Desjardins s'empresserait de faire mettre en prison des coupables pour faire un exemple, dirait-on! Les surprises ne manqueront pas!
Je m'en tiendrai à ces quelques propos, tout cela pour vous rafraîchir quelque peu la mémoire, vous laissant l'occasion de découvrir le reste par les médias ou autrement. Le Gouvernement du Québec aura intérêt rapidement, je vous l'assure, à bouger dans mon cas. Il est peut-être encore temps pour vous de régler l'ensemble de mon dossier, donc d'avouer le coup monté contre moi et de payer entièrement tous les préjudices et dommages causés à moi-même et à ma famille. Contrairement à votre déclaration du 24 septembre, il y a bel et bien de nombreux cas non réglés hors cours ou à l'amiable. La technique préférée de votre organisation est de détruire les gens en espérant qu'ils abandonnent en cours de route. Il y aura un prix à payer pour cette arrogance et ce mépris des Québécois.
Une fois révélé dans tous ses détails, mon cas prendra certainement place dans les plus grands scandales de l'histoire du Québec. Couplés avec tous les autres dossiers révélés au cours des dernières années au sujet de votre Mouvement, son impact sera multiplié à tous égards. Il illustrera comment la corruption s'infiltre dans une organisation qui a été détournée des véritables intérêts de ses membres et ce sont les sociétaires qui en paient le prix, encore une fois. Pensons seulement au cas de St-Henri, St-Pascal de Maizerets, St-Yves, Mistral, ex-agents du Permanent (moralement tout au moins!), etc... Monsieur le Président, les masques vont tomber devant de telles bavures. Quelle image voulez-vous sauver présentement, la vôtre personnellement ou celle du Mouvement? Êtes-vous prêts à sacrifier le Mouvement pour vos propres ambitions personnelles? Comment se fait-il que votre organisation a tout fait pour détruire ma réputation et mes entreprises? Pourrez-vous affronter longtemps la presse avec un sourire angélique de personnage qui se moque éperdument des Québécois? L'heure de vérité a sonné, Monsieur le Président!
Compte tenu de votre déclaration du 24 septembre, vous ne mesurez certainement pas encore les conséquences pour le Mouvement Desjardins de tout ce qui sort régulièrement sur votre organisation. Je sais aussi que les Québécois ont commencé à se retirer de Desjardins. L'important, c'est ce qui s'en vient. Et ce n'est pas fini, croyez-moi!
Espérant que vous prendrez enfin vos responsabilités, je vous prie d'agréer l'expression de mes salutations distinguées.
Robert Proteau
c.c.
PAS DE RÉPONSE DE LA PART DE M. CLAUDE BÉLAND
Pièce R-19