Québec, le 14 septembre 1996
Monsieur,
Le 8 mars dernier, le Regroupement des Victimes des Caisses Populaires vous a écrit pour vous demander d'expliquer des actes qui se sont produits dans votre Fédération et de réparer les préjudices fort graves causés aux malheureuses victimes. Sans doute inspiré par l'arrogance, vous n'avez pas daigné accusé réception ni répondre aux questions soulevées alors. Nous savions très bien, à ce moment-là, que vous étiez compromis vous-même jusqu'au coup dans des situations qui allaient nuire considérablement à votre Fédération et à l'ensemble du Mouvement Desjardins. Nous sommes de plus en plus au courant de situations graves dans d'autres Fédérations, affaires qui vont alimenter les journalistes au cours des mois à venir. Dans votre cas précis, vos comportements nous ont d'ailleurs permis d'illustrer le mal, plus le cancer, qui ronge le Mouvement, qui n'a d'ailleurs plus de "coopératif" que le nom, les membres étant, depuis un certain temps déjà, à la merci des ambitions personnelles des dirigeants et des jeux d'intérêt de quelques groupes "d'initiés".
Afin de vous rafraîchir la mémoire, nous annexons copie de la lettre du 8 mars 1996. De son côté, la présente vous donnera des réponses à quelques-unes des questions posées auparavant. Elle en amènera certainement de nouvelles. Autre différence: cette fois-ci, le réseau de distribution va s'élargir sérieusement. Au Regroupement, nous ne comprenons vraiment pas que des Québécois, supposément honnêtes et responsables, se permettent de couvrir des actes répréhensibles aux seuls fins d'avantager leurs réseaux d'amis, allant même jusqu'à se faire protéger par un système de "justice politique parallèle". Où s'en va notre société? La corruption et le trafic d'influences se manifestent actuellement dans les institutions considérées comme les piliers du Québec. Pourquoi?
Votre silence personnel des derniers mois était déjà révélateur en soi. Que votre Directeur général se soit senti obligé de vous protéger et de nous discréditer a bien montré que la vérité vous dérangeait ou encore que vous étiez certain que personne ne s'était aperçu de vos manoeuvres. Mais que, depuis, vous ayiez laissé votre poste de président de la Caisse Immaculée-Conception, n'a pas manqué de nous intriguer et même de nous amuser, puisque vous demeurez sur le Conseil d'administration, en conservant donc toute capacité d'intervention. Comme quoi le pouvoir rend aveugle et despote!
Ce qui est remarquable dans votre cas, c'est que même informé de ce qui se passait dans certaines de vos Caisses, faits pourtant fort graves, vous avez décidé de pratiquer le "cover up" et de vous dégager de toutes responsabilités. Vous pratiquiez déjà, avant-gardiste que vous êtes, le Syndrome Boyle, vous savez ce général qui n'a d'autre défense que d'accuser ses subalternes. Dans le cas invraisemblable de la Caisse de Sherbrooke-Est, ne cherchiez-vous pas ainsi à défendre votre collègue à la Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke et éminent avocat chez Monty, Coulombe et Président de ladite Caisse, Me Gilles Coulombe?
Notre lettre de mars dernier reposait sur une vaste et solide documentation, soigneusement étudiée et probante. Vous seriez profondément troublé, bien entendu cela suppose avoir une conscience, par la nature des informations à notre disposition. Tout un scandale en perspective! Pensiez-vous vous libérer de nous en ne répondant pas? Pour qui prenez-vous les Québécois?
L'heure de vérité a maintenant sonné. Ci-après, nous vous amènerons réponse à certaines questions sur lesquelles vous avez eu visiblement peur de nous éclairer. Bien entendu, vous aurez le fardeau entier de prouver que nos informations sont inexactes. A la lumière de tous les cas recueillis à travers la Province et, en particulier, ceux reliés à votre Fédération, il est de plus en plus évident que le Mouvement, même si votre Président vénéré fait toutes sortes de "sparages" pour masquer la situation, fait ses propres lois au-dessus des lois civiles et même criminelles. L'omniprésence des conflits d'intérêt est là pour en témoigner. Les gens normaux n'ont certainement pas la même définition que chez vous du conflit d'intérêt! C'est encore plus grave lorsqu'on découvre qu'un président de Fédération s'est placé lui-même en situation de conflit d'intérêt, ce qui est votre propre cas, M. Roy.
En plus d'être professeur à la Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke vous avez, comme le montre le document ci-joint, un bureau de consultants. Vous avez été vice-président puis président de la Caisse Immaculée-Conception avant de subtilement laisser votre place récemment; vous êtes également Président de la Fédération et avez agi comme consultant dans des projets immobiliers de votre ami planificateur financier. Vous-même et le Directeur général de cette Caisse, M. Robert Lussier, n'avez-vous pas rencontré tous les promoteurs immobiliers afin de leur donner votre approbation (exemple: Groupe Veilleux, Charlebois dans le temps)?
Avez-vous, à titre de consultant, participé directement ou indirectement à des réunions pour expliquer la pyramide de Maslow? Oui ou non? Nous disons oui. M. Roy, pourriez-vous jurer solennellement n'avoir jamais reçu, vous-même et/ou votre bureau de consultants, des honoraires professionnels dans le cadre de la vente de condos ou autres expertises chez votre ami planificateur financier? Si vous le jurez, vous serez en situation évidente de parjure. Pensez-y bien!
M. Roy, en tant que Président de la Fédération, n'aviez-vous pas les pouvoirs nécessaires pour faire arrêter toutes les magouilles aux caisses Sherbrooke-Est et Immaculée-Conception? Pouvez-vous dire non alors que la Fédération des Caisses de Montréal a agi dans le cas de la Caisse de St-Henri, ces Caisses étant dans des situations au moins aussi graves? Est-ce que votre Fédération n'a pas de règlements, de politiques réglementaires, de politiques de crédit et de manuels de crédit, de "codes de déontologie", etc...?
M. Roy, étiez-vous au courant que plusieurs prêts, pendant votre Présidence et/ou votre fonction d'administrateur à la Caisse Immaculée-Conception, ont été consentis à des individus de votre région pour le financement de condos alors que vous saviez parfaitement que ces condos étaient en fort sérieuse difficulté? N'aviez-vous pas des liens avec ce projet? Oui ou non? Vous étiez bel et bien au courant, n'est-ce pas? M. Roy, combien de personnes, suite à ces achats de condos, ont fait faillite jusqu'ici? Combien d'argent les sociétaires de votre Caisse ont-ils perdu jusqu'ici dans cette affaire? Des centaines de milliers de $ déjà et ce n'est pas fini. Vous trouvez cela normal et vous vous en êtes lavé les mains. Qui êtes-vous donc pour mépriser vos sociétaires à ce point? Votre seul intérêt était-il de protéger l'image de la Caisse en camouflant les gaffes?
M. Roy, pourquoi avez-vous démissionné de votre poste de président de la Caisse Immaculée-Conception? Est-ce une coïncidence après que le Regroupement eut dénoncé certaines magouilles à votre Caisse et à la Fédération? N'avez-vous pas cherché à protéger votre image à tout prix avec l'aide du Directeur général de la Fédération? Nous disons oui. Avez-vous démissionné suite à une recommandation de votre Fédération ou parce que ça commençait à trop chauffer?
M. Roy, en tant que président du conseil d'administration de la Fédération et d'une Caisse, n'aviez-vous pas le pouvoir d'arrêter les magouilles et de payer les victimes pour les préjudices causés? Vous aviez certes la capacité de le faire mais vous n'avez pas eu le courage d'agir étant vous-même compromis jusqu'au coup dans des affaires peu reluisantes. Vous avez laissé un non élu, votre Directeur général, Albert Ouellet, dire à la population qu'il n'y avait pas de victimes et qu'il ne s'était rien passé de sérieux. Ce M. Ouellet est celui-là même qui a fait des déclarations dans le Journal La Tribune mais qui, une fois confronté à ce qu'il avait dit, a eu l'audace d'accuser le journaliste de l'avoir mal cité. Tricherie, mensonge ou "cover up" ou un mélange de tout cela!
M. Roy, à même l'argent des sociétaires, combien d'argent a été dépensé par la Caisse de Sherbrooke-Est ou par votre Fédération pour couvrir les magouilles, tout cela pour protéger des "personnalités" et enrichir des avocats? Nous parlons ici de centaines de milliers de $. Est-ce normal? Pourquoi n'avez-vous pas réglé avec les victimes? Pour sauver les apparences ou quoi? La réponse est simple: les sociétaires n'ayant plus aucun contrôle sur ce qui se passe dans leurs caisses et leur fédération, les dirigeants s'estiment tout permis, n'ayant pas de vérirables comptes à rendre.
M. Roy, pourquoi n'avez-vous pas réagi et fait corriger les faits auprès de tous les sociétaires de la Caisse Sherbrooke-Est lorsque cette dernière a falsifié volontairement son rapport annuel pour laisser croire, alors que c'était tout le contraire, que la Caisse avait gagné contre Robert Proteau? Vous saviez parfaitement que ce rapport était inexact, votre Fédération devant d'ailleurs approuver ces documents. Pourquoi avoir laissé sous-entendre que vous aviez gagné? Pourquoi avez-vous laissé ce dernier être victime de diffamation et d'une démolition en règle de ses affaires par des accusations fausses et un affidavit lui-même faux alors que vous saviez parfaitement qu'il y avait eu fabrication de faux? Vous avez décidé de fermer les yeux parce que c'était plus facile de discréditer la victime Proteau en le faisant passer pour un moins que rien, plusieurs de vos amis et relations étant en cause. La vérité vous explose maintenant en pleine figure. La présente et celle de mars dernier ne sont encore qu'une partie des faits que nous entendons soumettre à l'attention publique. Les Québécois vont être révoltés de découvrir ce qu'est réellement devenu le Mouvement Desjardins. Cela servira alors de prétexte additionnel facile pour les dirigeants du Mouvement de couper massivement dans le personnel!
M. Roy, étiez-vous au courant du mandat donné à Me Pierre Fournier pour représenter les victimes de ce qu'on appellera désormais le scandale des victimes de la Caisse Immaculée-Conception qui a déjà coûté des centaines de milliers de $ aux victimes et aux sociétaires pour le projet immobilier de Montréal? La réponse est oui. Question intéressante que nous laissons à votre réflexion sans y répondre pour l'instant: n'avez-vous pas contribué directement ou indirectement, personnellement ou au nom de la Fédération, à un don à la Fondation de cet avocat qui est maintenant devenu Juge? Oui ou non?
Les affaires douteuses, pour ne pas dire scabreuses, ne manquent pas dans votre Fédération. Vous vous êtes comporté jusqu'ici, ce qu'on retrouve ailleurs dans le Mouvement Desjardins à travers la Province, comme si les victimes d'actes préjudiciables étaient des bandits. Pris sur le fait, vous avez pris l'habitude de monter de véritables modèles de complot ou de manoeuvres qui avaient pour conséquence de déplacer la responsabilité sur les victimes. Ce petit jeu est démasqué et on va se battre maintenant pour expliquer à la population ce qui se passe réellement. Vous, comme nombre d'autres dirigeants du Mouvement, avez érigé le camouflage en système avec de véritables écrans de fumée comme St-Jacques et Chapleau, les spécialistes de la désinformation. Tout est en voie d'éclater à la figure de ceux qui sont responsables de cette dérive.
M. Roy, vous n'avez pas pris vos responsabilités jusqu'ici. Vous êtes en situation de conflit d'intérêt. Vous avez menti à la population et posé des gestes préjudiciables à l'encontre de sociétaires sans reproche. Vous-même et votre Directeur général devez démissionner dans les plus brefs délais. M. Roy, un jour, vous serez isolé, comme nous les victimes le sommes. Vous constaterez alors bien vite que vos "amis" vont vous laisser tomber pour se protéger eux-mêmes.
Il y a un côté positif dans cette affaire. Vous l'aurez deviné, des gens comme vous ont contribué à la création du Regroupement des Victimes des Caisses Populaires. Cette organisation est de plus en plus connue à travers la Province et reçoit des cas nombreux et tout aussi troublants. Un jour qui est peut-être plus proche que l'on pense, la population québécoise va se révolter en découvrant que leurs avoirs ne sont pas en sécurité et mal gérés. Vous aurez contribué directement à cette débandade. Ce jour-là, vous n'aurez plus assez d'un Chapleau pour berner les Québécois!
Espérant que vous aurez compris cette fois que votre heure de vérité a sonné, nous attendons avec impatience la suite des choses. Votre démission et celle de votre Directeur général seront certainement appréciées dans votre milieu.
PAS DE RÉPONSE DE LA PART DE M. ANDRÉ ROY