Québec, le 13 décembre 1997
Monsieur le Premier Ministre,
A peu près à la même date en décembre 1996, je vous écrivais au nom des victimes du Mouvement Desjardins. Vous avez fait accuser réception. Plus tard en 1997, nous vous avons écrit pour vous souligner que notre démarche était d'intérêt public et qu'elle commandait une attention au moins aussi grande qu'à celle accordée pour le travail de M. Yves Michaud vis-à-vis des banques. Nous avons eu un accusé réception sans suite par après. Il nous semble bien qu'on veut à tout prix ignorer une réalité bien criante: le Mouvement Desjardins et ses composantes ont créé et créent de jour en jour de nouvelles victimes en raison de leurs pratiques illégales, anormales ou carrément frauduleuses. Nous vous invitons à faire une visite sur notre site Internet pour commencer à réaliser ce qui se passe. Nous n'en sommes encore qu'au début des révélations.
En décembre 1996, nous vous avions notamment fait part de notre inquiétude face à la dérive du Mouvement Desjardins et à la tendance curieuse du gouvernement actuel de multiplier les privilèges à l'égard des dirigeants du Mouvement Desjardins. Vous avez adopté la loi 69 en décembre 1996 sans qu'il n'y ait quelque débat public alors que ce projet amorçait tout simplement le début de la décoopératisation de Desjardins et éloignait encore davantage cette institution de ses membres en leur enlevant le contrôle sur la masse des actifs de celle-ci. Dorénavant, quelques individus, aux intérêts peu transparents, font la pluie et le beau temps au détriment des sociétaires.
Nous sommes plus qu'étonnés et tout simplement sidérés de constater que votre gouvernement a décidé d'ignorer totalement l'existence de problèmes majeurs dans Desjardins et nommément toutes les personnes et les organisations qui sont victimes des pratiques peu normales des dirigeants de Desjardins. Nous constatons une complicité du silence inquiétante qui traduit davantage, à nos yeux, une direction de société à la dérive qui accepte la corruption et l'exploitation comme normes.
Votre Ministre des Finances, M. Landry, nous fait régulièrement une démonstration de son arrogance vis-à-vis des sociétaires et clients de Desjardins. Après avoir fait adopter la loi 69 sans consultation, il a engagé un autre coup de force avec le projet de loi sur la distribution des produits financiers (projet de loi 188) et le projet de loi révisant la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit (projet de loi 167). Comment peut-on tolérer dans une société qui se dit démocratique de telles attitudes? L'arrogance du Ministre Landry va encore plus loin.
Le Journal la Presse a fait état du fait que ce Ministre et le Ministre Boisclair étaient en faveur de donner un autre privilège à Desjardins, soit celui de contourner les dispositions actuelles de la Loi sur la protection des consommateurs relativement à la carte Visa Desjardins. Cette dernière organisation, en faisant appel au gouvernement, a tout simplement avoué avoir fraudé les Québécois avec sa carte Visa depuis des années en enfreignant cette dernière loi. Maintenant qu'il s'est fait prendre et qu'un recours collectif est en marche, il veut obtenir une exemption rétroactive d'avoir à rembourser les victimes de ses pratiques malhonnêtes. Le plus étonnant, c'est que les Ministres précédents aient même envisagé une mesure rétroactive, ce qui est inconcevable dans une société qui se dit civilisée. Pourquoi les détenteurs de la carte Visa Desjardins devraient-ils encore une fois faire les frais de l'incurie et des abus pratiqués par les dirigeants de Desjardins? Pourquoi légaliser un vol?
Monsieur le Premier Ministre, nous n'en sommes encore qu'au début des révélations sur le Mouve-ment Desjardins. Il va devenir de plus en plus gênant pour les politiciens québécois de protéger les dirigeants corrompus de ce Mouvement sans en payer eux-mêmes le prix au plan de la crédibilité notamment. Nous savons déjà qu'ils ont une bien faible réputation mais de servir les intérêts de leurs maîtres, les tout puissants Béland et cie, n'est certainement pas servir l'intérêt du Québec.
Nous constatons présentement que votre gouvernement fait tout en son pouvoir pour ignorer les victimes du système Desjardins. Nous constatons malheureusement que la corruption et le trafic d'influences sont une réalité qui pèse lourd dans les gestes émanant du Ministère des Finances et qui n'ont pour but, de toute évidence, que de privilégier des gens qui rendent des services politiques à votre parti et à votre gouvernement. Le Mouvement Desjardins, nous sommes à même de le constater est un contributeur déterminant dans la création de la pauvreté et des faillites et dans la perte d'emplois. Poussera-t-on encore bien loin le mensonge sur le dos des Québécois? Sans demander aux Québécois s'ils veulent mettre fin au mouvement coopératif, votre Ministre des Finances s'est engagé dans cette direction. De quel droit peut-il détourner une institution de ce pourquoi elle a été créée?
Dans une lettre adressée à votre Ministre des Finances, nous le mettons au défi de mettre son siège en jeu pour démontrer qu'il n'y a pas de victimes du système Desjardins. Vous en trouverez copie en annexe. Ce défi s'accompagne d'une demande de commission parlementaire au cours de laquelle toutes les personnes et organisations intéressées auraient l'occasion de venir faire part de leurs mésaventures avec le Mouvement Desjardins. Un refus de sa part sera considéré comme une volonté de maquiller la réalité et de tromper les Québécois.
Espérant qu'on comprendra la gravité
de la situation et qu'on respectera les sociétaires, nous vous demandons,
Monsieur le Premier Ministre, de manifester clairement votre souci de justice
et de vérité en acceptant que le débat sur Desjardins
soit public et prenne tout le temps nécessaire.
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