Québec, le 12 février 1998
Monsieur,
Nous nous intéressons particulièrement à votre Fédération, à vous-même, aux agissements des gens de votre entourage et à vos Caisses, bien entendu. Nous mesurons davantage de semaine en semaine la gravité et l'étendue des problèmes vécus par des Québécois et des Québécoises qui ont la malchance de faire affaires avec les établissements relevant de votre autorité. De nouvelles victimes se manifestent constamment. Et nous commençons pourtant à peine notre travail de diffusion de notre information. L'année 1998 va vous réserver bien des surprises désagréables.
D'autres sources d'information nous permettent de réaliser la nature des manoeuvres peu régulières, des conflits d'intérêt, des luttes de pouvoir, etc... qui sont le quotidien dans votre Fédération. On aura certainement l'occasion d'informer le public de certaines de ces situations, ce qui lui permettra de réaliser qu'il est urgent de retirer ses argents de chez Desjardins, cela dans son plus grand intérêt.
Les gens victimes de votre système se mettent à parler, ce qui est fort bien... mais dérangeant pour vous-même et vos ambitions de dominer le Mouvement Desjardins! Feu Alain Contant, votre ex-vice-président, n'en est qu'un exemple, mort bien jeune, ne trouvez-vous pas, et dans des circonstances qui n'ont pas été rendues publiques. Pourquoi? Les scandales révélés par les médias autour de ce personnage vous ont porté ombrage? N'ont-ils pas écrasé cet individu si près de vous, en plus d'être membre du conclave des 31 qui dirigent Desjardins? Le simple fait que ses activités aient été rendues publiques le condamnaient inévitablement: il avait contribué, sans aucun doute malgré lui, à briser la loi du silence qui autoprotège les dirigeants de Desjardins. Tu ne parles pas de ce que je fais et moi, en retour, je me tais sur les tiennes...! L'Omerta, quoi!
Nous savons pertinemment, grâce à notre réseau d'information, qu'il y a une priorité au-dessus de toutes les autres chez Desjardins: camoufler par tous les moyens, même les plus malhonnêtes, les irrégularités, les fraudes et autres magouilles en tous genres qui peuplent le quotidien du Mouvement Desjardins du haut en bas de la hiérarchie. Il faut sauver les apparences à tout prix. Mentir, fausser les faits, se parjurer, fabriquer des faux, faire disparaître des documents et des preuves compromettantes, tout cela est considéré normal.
Votre Fédération nous donne de beaux exemples bien documentés de ce qui se passe derrière la façade, belle et honorable en apparence, du Mouvement Desjardins. Sur notre site Internet et auprès des médias, nous commençons à peine à publier des dossiers de cas-problèmes. Le temps requis pour chaque analyse empêche d'en sortir plusieurs à la fois. Mais, par contre, cela signifie que nous allons en étaler sur la place publique pendant une beaucoup plus longue période de temps. Cela va certainement devenir gênant. Plus un dossier est pourri et plus on se refuse à le régler, plus il devient explosif. Vous devriez le savoir.
Comme président de votre Fédération, vous attachez une grande importance à l'image. Les révélations sur votre propriété ont porté un dur coup à votre crédibilité. Et ce n'est pas fini, n'est-ce pas? Vous aurez inévitablement à faire une déclaration publique pour dire aux Québécois qu'effectivement les révélations de la Société Radio Canada et du journaliste étaient tout à fait vraies. Nous allons aider les médias à comprendre davantage la nature des choses particulières qui se passent dans votre Fédération et du rôle joué par quelques individus qui vous sont entièrement dévoués et prêts à tout pour vous servir. De véritables fiers-à-bras, devrait-on dire!
Nous savons aussi que vous avez placé certains de ces individus à des endroits stratégiques pour être en mesure de contrôler les activités de la Fédération et protéger votre image. L'un des membres de votre famille proche, Yves, est l'un de ces personnages influents. En passant, n'êtes-vous pas intervenu personnellement en Gaspésie pour sauver un autre membre de votre famille, Lorenzo Proteau, qui a fait perdre des sommes importantes à la Caisse Populaire de Mont Louis, situation qui s'est conclue par une faillite de ce personnage? Les gens de Mont Louis en parlent toujours. En était-il alors à sa première faillite? N'en a-t-il pas fait d'autres? Combien d'argent cette Caisse a-t-elle perdu? Qui a payé, sinon les sociétaires de ce village, n'est-ce pas?
Il faut s'inquiéter grandement lorsqu'un personnage occupant un poste-clé comme le vôtre est incapable de contenir ses ambitions et est prêt à tout pour occuper le siège du no. 1 du Mouvement Desjardins. Considérant ce que l'on sait déjà, ce serait un désastre pour le Mouvement Desjardins et pour les Québécois de vous retrouver à cet endroit mais une raison de plus pour eux de retirer au plus vite leurs avoirs de chez Desjardins. C'est déjà commencé, faut-il le redire, mais cela va s'accélérer, soyez-en certain! Nos révélations continues vont y contribuer.
Il suffit d'analyser, même sommairement, ce qui se passe dans votre Fédération pour comprendre que votre volonté et votre capacité de gérer vos caisses sont questionnables. Notons seulement les situations suivantes: irrégularités multiples, cas de fraudes, abus en tous genres, parjure, fabrication de faux sont des pratiques répandues. Nous constatons aussi les situations de conflits d'intérêt et d'administrateurs et dirigeants qui se servent de leur position dans une caisse ou l'autre dans leur intérêt personnel ou pour leurs relations. Les performances de votre Fédération, derrière les apparences, ne sont pas très reluisantes. Nous allons nous intéresser de près et qui sait, peut-être en faire une section spéciale dans notre site Internet. On s'autovérifie dans votre système et cela empêche les sociétaires et le public en général d'avoir un portrait complet, transparent et exact de la situation financière de fédérations comme la vôtre.
Votre ambition démesurée de prendre la tête du Mouvement ne tient-elle pas aussi de votre intention de faire payer par l'ensemble de Desjardins vos propres erreurs de gestion et les pertes importantes dans votre Fédération? Combien d'argent doit être pris présentement des réserves provenant de l'ensemble des caisses de la Province pour vous permettre de maintenir à flot votre Fédération? Pensez-vous que votre ambition d'intégrer les caisses d'économie, comme vous en rêvez ainsi que le Président du Mouvement, va régler les vrais problèmes? Tout ce que cela pourrait faire, c'est de maquiller la vraie situation financière de votre Fédération et surtout vous permettrait d'éliminer des établissements bien gérés et performants, les caisses d'économie, qui portent ombrage à vous-mêmes et enlèvent de la clientèle à vos caisses d'épargne?
Plus nous fouillons les dossiers relatifs à votre Fédération, plus on constate que la gravité de la situation vous pousse à camoufler la vérité à tout prix. Les victimes dans votre Fédération sont fort nombreuses et elles ont subi et subissent toujours des préjudices considérables que votre entourage s'acharne à enterrer. Ce faisant, les dirigeants de votre Fédération, on le démontrera dans les autres Fédérations également, se rendent complices après le fait d'actes graves.
Vous ne le savez sans doute pas mais le Code criminel définit deux notions en des termes bien clairs:
Fraude: (article 380(1))
"Quiconque, par supercherie, mensonge ou autre moyen dolosif, constituant ou non un faux semblant au sens de la présente loi, frustre le public ou toute personne, déterminée ou non, de quelque bien, argent ou valeur."
Complicité après le fait: (article 23(1))
"Un complice après le fait d'une infraction est celui qui, sachant qu'une personne a participé à l'infraction, la reçoit, l'aide ou l'assiste en vue de lui permettre de s'échapper."
Dans la plupart des dossiers de votre Fédération présentement à l'étude, nous découvrons la présence des gens de votre entourage qui y vont avec zèle pour masquer les dossiers compromettants. Nous vous invitons à lire attentivement le dernier numéro du Juste Milieu qui vient de paraître au sujet de la Caisse St-Laurent. Cela est bien instructif. Il y a un obstacle nouveau pour vous maintenant: nous allons rendre publiques nombre d'informations. L'année 1998 promet bien des révélations sur votre Fédération.
Nous nous intéressons beaucoup à la Caisse St-Henri depuis que vous avez convaincu le Ministre des Finances de jeter dehors le Conseil d'administration. Cela nous est apparu fort curieux considérant que bien des dossiers de caisses, dans lesquelles il s'est passé des affaires carrément frauduleuses, notamment dans votre Fédération, n'ont pas été l'objet de cet "acte de justice suprême"! Nous avons pu constater que les déclarations que vous-même et votre bras droit, Yves Proteau, avez faites autour de ce dossier s'éloignent sérieusement de la vérité et qu'il apparaît plutôt que vous avez monté un habile scénario pour vous débarrasser d'administrateurs encombrants qui vous portaient ombrage parce que ne s'écrasant pas devant vos diktats et vos visées.
Quoi de plus simple que de créer des situations artificielles pour faire croire que ces administrateurs étaient malhonnêtes! Quoi de plus curieux que KPMG ait donné un avis favorable dans le dossier Marzim en 1993 et que, deux ans plus tard, ils disent le contraire. Combien d'argent cela a-t-il coûté pour lui faire émettre un avis contraire? Quoi de mieux que de placer l'un de ses hommes, un certain Guy Lemieux, dans la Caisse et lui laisser faire des actes douteux, notamment faire des prêts en vertu du Plan Paillé, malgré que le conseil d'administration ait refusé d'accorder de tels prêts? Quelle surprise, pour vos inspecteurs, de découvrir ensuite de supposées irrégularités! Nous en aurons bien d'autres à raconter bientôt avec tous les détails nécessaires. Nous sommes étonnés que le Ministre des Finances vous ait accordé ce "privilège" de tasser tout un conseil d'administration. Pourquoi d'ailleurs a-t-on pris la peine de masquer la situation réelle dans les derniers états financiers de la Caisse St-Henri?
Dans l'affaire de la Cage aux Sports à Laval, nous nous demandons toujours pourquoi des gens de votre entourage ont pratiqué l'intimidation pour se débarrasser des deux personnes qui avaient été victimes dans cette affaire. Était-ce pour couvrir le notaire Maurice Malouin, pour protéger des transactions frauduleuses impliquant une composante de la Banque Laurentienne et la Caisse des victimes? Etc... Pourquoi a-t-on été jusqu'à faire mettre en prison l'une des victimes, simplement pour l'intimider, la discréditer et l'empêcher d'aller jusqu'au bout de la vérité et obtenir justice? Votre entourage va certainement être nerveux au fur et à mesure de nos révélations. Vous protégeront-ils jusqu'au bout, jusqu'au sacrifice d'eux-mêmes en se laissant congédier ou déplacer de leurs fonctions pour éviter de dire que les ordres venaient directement de vous?
Dans le cas de la fraude contre les familles coréennes impliquant les Caisses St-Jérôme et Ste-Marguerite du Lac Masson, on retrouve encore là des gens de votre entourage qui ont pris diverses initiatives pour empêcher que cette affaire n'ait de suite dans les cours de justice. Les mesures dilatoires n'ont pas manqué jusqu'ici. Vos gens ont échoué toutefois. Voilà un petit échantillon seulement de ce qui s'en vient... Que dire des dossiers de la Caisse de la Maison de Radio Canada, de la Caisse Ste-Jeanne d'Arc, de St-Antoine Abbé, etc... Attendez la suite!
Espérant que vous réaliserez enfin qu'il est discutable de vouloir sauver quelques individus peu honnêtes plutôt que de réparer les dommages faits aux victimes, nous vous invitons à une sérieuse méditation sur votre avenir et sur votre capacité de vous conduire en individu responsable et transparent. Est-ce trop tard? Nous allons nous rappeler à vous constamment au cours de la prochaine année.
P.S. Nous espérons, cette fois-ci, que vous aurez le courage de répondre vous-même à la présente lettre et non pas de demander aux commissaires aux plaintes de la Confédération de vous couvrir en accusant réception à votre place mais sans aucun autre contenu.