Donner son 100% pour Desjardins
Quand j'ai terminé mon secondaire,
j'avais une vague intention d'étudier, mais j'ai commencé
à travailler dans des institutions bancaires et j'y ai pris goût:
le contact avec le public, les chiffres, c'est dans mes cordes! C'est comme
ça que je me suis retrouvée dans une des plus grosses caisses
populaires du Québec.
Ça n'a jamais été reposant. On n'était pas assez
de caissières pour la nombreuse clientèle. Le jeudi, il y
avait des files d'attente. On entrait à 9 heures le matin et on ne
sortait pas avant 20 heures, 20 heures 30, après avoir balancé
notre caisse.
Parfois, ils nous demandaient d'entrer plus tôt ou de finir plus tard;
on n'était pas payées pour ça. Mais on le faisait quand
même, alors ça n'a pas pris de temps, c'est devenu systématique.
Quand le syndicat est entré, en 1991, j'étais parmi les <<poteaux>>...
Je suis restée là 15 ans. Jusqu'à ce qu'ils nous demandent
de nous déguiser en vendeuses. Moi, à ce moment-là,
j'étais conseillère au placement. Ils voulaient que j'offre
au client des choses qu'il ne demandait pas et dont il n'avait pas besoin,
par exemple une marge de crédit. Si ça marchait, qu'il acceptait,
c'était une passe; puis le client était référé
à un autre conseiller qui complétait la job: là, on
avait compté un but...
Ils organisaient des concours. C'était à qui vendrait le plus.
Il y avait toutes sortes de cadeaux, même des voyages!
Moi, achaler le monde, je n'ai jamais aimé ça. Mais on
était obligées de le faire. Ils calculaient notre performance.
Quand on ne vendait pas assez à leur goût, ils insinuaient
qu'on avait mal travaillé: <<Il y a une façon d'offrir;
t'as peut-être pas assez insisté...>>, qu'ils disaient.
On était installées dans des isoloirs où on ne pouvait
garantir aucune discrétion. Les clients se voyaient entre eux et
si le voisin avait la voix un peu forte, on ne s'entendait plus parler.
En plus, ils refusaient de prendre nos appels pendant qu'on était
en entrevue!
Il y avait toujours une campagne en cours. Ça prenait du monde pour
organiser des réunions, distribuer de l'information. Ils nous nommaient
en charge à tour de rôle des campagnes qu'ils lançaient;
c'était des responsabilités supplémentaires. Certaines
ont commencé à apporter des dossiers à la maison pour
travailler le soir, pas payées, bien sûr...
On était surveillées comme des enfants. Si on passait
devant le bureau d'une copine et qu'on avait le malheur d'arrêter
deux minutes pour faire un brin de jasette, on se faisait avertir...
Avec la surveillance, l'obligation de performer, la compétition entre
les filles, ils ont réussi à dégrader complètement
l'ambiance de travail. Autrefois, on se faisait des blagues, on était
détendues. Mais là, il n'en était plus question: on
n'avait pas le temps! Même des clients l'ont remarquée, la
tension dans la caisse...
En même temps qu'ils nous transformaient en vendeuses, ils nous envoyaient
nous former. Oh, bien sûr, on n'était pas obligées,
obligées. Mais on n'avait presque pas le choix: c'était indispensable
pour les promotions, qu'ils nous disaient. Ils voulaient des spécialistes!
Finalement, l'ancienneté, ça ne comptait plus. Ça servait
seulement pour les vacances...
Onze cours à suivre, le soir après le travail, sans compter
les examens à passer! J'avais une peur bleue de rater. J'en étais
malade.
J'étais de moins en moins patiente. Au début, tu ne t'en
rends pas compte. Autour de moi, ils trouvaient que j'étais devenue
susceptible, irascible, chialeuse. J'avais le motton pour tout et pour rien.
À tout bout de champ, les larmes me montaient aux yeux.
J'ai commencé à fumer. Je faisais de l'insomnie. Alors, je
me levais la nuit pour en allumer une.
Évidemment, je me sentais de plus en plus fatiguée. Je
me réveillais avec une boule dans l'estomac. J'avais la diarrhée
tout le temps.
Un soir où, comme tant de fois, j'étais rentrée
du travail en pleurant, mon mari m'a dit: <<Ça n'a plus
de bon sens! Il faut que tu ailles chez le médecin!>>
Ça m'a pris un peu de temps à accepter. Ça m'humiliait
d'admettre ce que je percevais comme de la faiblesse de ma part. J'ai fini
par me décider.
Le médecin n'a pas été long à poser son diagnostic:
burnout! Il m'a mise en arrêt de travail avec interdiction d'aller
à la caisse et même d'y téléphoner. J'ai eu des
rencontres avec un psychologue. J'ai fini par comprendre que je ne suis
pas faible et que je suis capable de supporter le stress... s'il est positif!
Quand j'ai voulu reprendre le travail, après quatre mois et demi,
tous mes symptômes sont revenus. Alors, la caisse m'a offert un bon
arrangement et j'ai démissionné.
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