Août 1997
LE MOUVEMENT DESJARDINS RENIE-T-IL SES FONDEMENTS COOPÉRATIFS?
Pour les observateurs de l'actualité québécoise et les analystes de l'évolution des institutions financières, il ne se passe plus de semaine sans que n'apparaissent de nouvelles révélations sur des pratiques douteuses du Mouvement Desjardins. Les faits s'accumulent, significatifs. Ils mettent en évidence une situation inquiétante. Des dirigeants tentent de la nier. On a constaté des comportements abusifs et sans scrupule, qui conduisent des sociétaires du Mouvement sur la voie de la misère, du stress et de la faillite. Des mesures dilatoires les éliminent du chemin, les dépossédent de leurs avoirs.
La face cachée de Desjardins est faite de situations de fraudes, de fabrication de faux, d'abus de pouvoir et de confiance, de conflits d'intérêts, d'infractions diverses et majeures à la Loi sur les Caisses d'épargne et de crédit ainsi qu'aux principes et valeurs qui l'ont animé pendant plusieurs années. Il s'est développé dans les Fédérations et la Confédération des caisses Desjardins des "chapelles" de pouvoir déconnectées de la réalité des sociétaires.
Un Mouvement à la dérive
Depuis sa création en mars 1996, un groupe de ces personnes, victimes du système Desjardins, a décidé d'obtenir justice et réparations pour les préjudices causés et de faire changer les choses. Le Regroupement des Victimes des caisses populaires Inc. accumule des dossiers de victimes ainsi que des informations de première valeur. Il s'est mis à la tâche d'analyser le fonctionnement même du Mouvement Desjardins. Des personnes de l'interne, qui y ont oeuvré, apportent aussi leur contribution. On constate que la désinformation des consommateurs est devenue le lot de dirigeants qui servent d'abord leur intérêt personnel et celui de leurs réseaux de relations avant tout. Deux membres du conclave des 31 dirigeants du Mouvement doivent porter une responsabilité particulière dans cette dérive, soit le Président lui-même, M. Claude Béland, et celui de la Fédération de Montréal, M. Jocelyn Proteau.
Un silence malsain
Il s'est développé une complicité du silence à l'égard de ce qui se passe à l'interne du Mouvement Desjardins. Des médias et des témoins ont fermé les yeux sur des dossiers soumis régulièrement par des victimes qui n'ont pas les moyens financiers de se défendre adéquatement. Elles sont incapables d'aller jusqu'au bout, de révéler tous les faits face aux mesures dilatoires et d'intimidation des bureaux d'avocats servis par leur association étroite et lucrative avec cette organisation. Des milliers de causes attendent dans les Cours de justice du Québec. Elles sont le reflet d'un système qui s'en prend aux consommateurs de services qui ont eu le malheur de lui faire confiance, qui sont pourtant ses sociétaires, donc les propriétaires normalement. Ce système a toutes les chances de son côté, même du côté du système de justice, pour écraser les victimes. La loi du plus fort!
L'arrivée du Regroupement change les choses. Il est le seul organisme qui s'occupe des consommateurs de services de Desjardins. Le Regroupement dérange ces dirigeants non élus par l'ensemble des sociétaires des caisses. Preuve étant leurs efforts obstinés pour intimider et démolir les victimes et discréditer cet organisme au service des consommateurs des services offerts par Desjardins. Le présent document amorce un questionnement qu'il importe de mener sur l'ensemble de cette organisation.
Des articles fondamentaux de la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit
Les articles 2 et 3 de cette Loi, la base même du Mouvement Desjardins, restreignent strictement le mandat de celui-ci à celui d'une coopérative. Il n'y a aucune porte de sortie. Les caisses sont des coopératives sans limite quant au nombre de membres, avec le principe d'un membre un vote, sans possibilité de voter par procuration. Tous les sociétaires doivent être convoqués personnellement aux assemblées prévues dans la Loi, et cela en vertu de l'article 104. Cet article est fondamental et son non respect, largement observé à travers la Province, traduit le rejet pur et simple des véritables principes démocratiques chez Desjardins. La démocratie, la transparence et l'accès à l'information sont des illusions à l'heure actuelle. Les Québécois doivent reprendre en main leur institution.
Quelques exemples
L'entrée en scène du Regroupement a permis de faire état des malheurs vécus par un grand nombre de Québécois, malheurs qui découlent du refus de l'Assurance-Vie Desjardins-Laurentienne de payer les montants dûs lors de réclamations d'assurances alors que les sociétaires avaient versé des primes normales, tout en se croyant assurés.
Qu'arrive-t-il à ces quelques centaines de milliers de personnes qui paient des primes depuis des années et qui n'ont pas l'occasion de réaliser qu'elles ne sont pas assurées, parce qu'elles n'ont pas encore soumis de réclamations?
Le dossier de l'assurance-invalidité (vie, hypothèques, etc.) chez Desjardins et ses filiales en assurance est le plus important en terme de quantité entre les mains du Regroupement. Il touche non seulement les victimes que Desjardins refuse de payer, mais aussi quelques centaines de milliers de personnes qui paient sans se douter de ce qui les attend. Elles n'ont jamais reçu de copie du contrat qui aurait certifié qu'elles sont bel et bien assurées. C'est seulement le jour où elles font une réclamation qu'elles se font dire qu'elles ne sont pas éligibles à un bénéfice ou que la personne décédée (assurance-hypothèque-invalidité) ne l'était pas.
On leur a fait remplir une formule d'adhésion. Fait important, le personnel des caisses n'est généralement pas qualifié pour vendre de l'assurance. Les victimes de cette pratique ont payé des primes pendant des durées variables, croyant naïvement être véritablement protégées. Elles ne réalisent l'arnaque que le jour où elles doivent faire une réclamation. Le cauchemar débute peu de temps après alors qu'elles se font accuser d'avoir produit une déclaration fausse ou inadéquate, même si elles ont fourni des renseignements de bonne foi, tel que le leur demandait l'employé(e) de la caisse.
L'objectif évident du Mouvement Desjardins et de ses dirigeants est simple: prendre tous les moyens nécessaires pour ne pas payer, quitte à dépenser des dizaines de milliers de $, pour y arriver. Les pseudo-experts médicaux et les avocats inféodés aux dirigeants de Desjardins avantagent l'Assurance-Vie Desjardins. Les caisses sont en conflit d'intérêt dans ce dossier. Elles laissent tomber leurs sociétaires et véritables clients.
Cas d'abus en matière d'assurance-hypothèque invalidité
Le Regroupement dispose déjà d'un ensemble de cas révélateurs concernant ce type d'assuran-ce chez Desjardins. Ceci, sans compter plusieurs centaines de dossiers déposés devant les Cours de justice du Québec, par des victimes qui essaient d'obtenir justice après avoir été dupées par l'achat d'une assurance qui n'en était pas une.
L'Association des intermédiaires en assurances de personnes du Québec (AIAPQ) a aussi mené une enquête importante et concluante sur ce même sujet où le Mouvement Desjardins était identifié comme étant le principal fautif. Ce phénomène soulève toute la question de la pertinence de payer des primes sur ces supposées assurances. Toutes ces personnes n'ont aucun contrat garanti en main, répétons-le. Où va cet argent?
Les comportements des gens de Desjardins créent des poches de pauvreté nouvelles, les victimes de cette supposée assurance perdent les propriétés mises en cause ou payent des sommes additionnelles que devait normalement couvrir cette "assurance".
La détresse, la misère et le stress sont le lot de milliers de Québécois bernés le jour où ils découvrent ce qu'il en est véritablement. Une partie importante de la population québécoise est concernée à l'heure actuelle. Il est plus que temps de révéler la vérité!
Cas d'abus dans le secteur immobilier
Un autre exemple de pratiques anormales concerne le secteur de l'immobilier (résidentiel et commercial). Les dirigeants de Desjardins passent beaucoup de temps à se vanter d'être les plus gros financiers hypothécaires de la Province. Cette vantardise cache une réalité beaucoup moins rose pour les sociétaires qui se laissent attirer par la publicité de cette organisation. Le Regroupement accumule des dossiers inquiétants.
En mai dernier, l'émission la Facture de la Société Radio Canada l'a illustré d'une belle façon. On avait là un cas du Regroupement où une dame s'est retrouvée avec deux maisons sur le dos avant même d'avoir vendu la première et sans avoir les revenus nécessaires pour couvrir deux hypothèques. La Caisse Ste-Jeanne d'Arc, en plus de lui rendre la vie misérable et en lui imposant toutes sortes de frais abusifs et injustifiés, lui a enlevé ses propriétés.
Immeubles à logements
On a aussi ces gens, phénomène répandu dans toute la Province, propriétaires d'immeubles à logements financés par les caisses populaires, qui sont incapables de récupérer les sommes qui leur sont dûes, malgré des jugements favorables de la Régie du Logement. Ce problème crée toutes sortes de difficultés, financières au premier titre, à ces propriétaires.
Des dizaines de millions de $ sont ainsi perdus chaque année, pertes qui conduisent nombre de propriétaires à la faillite ou à la perte de leurs immeubles que les caisses en cause
s'empressent de récupérer. Le Mouvement Desjardins ne fait absolument rien pour aider ces propriétaires à obtenir des mesures plus adéquates du gouvernement. Fait intéressant, ces reprises de finance se retrouvent très souvent dans des réseaux proches des dirigeants de ces caisses quand ces derniers ne les achètent pas eux-mêmes, par des prêtes-noms ou par des entités particulières créées par des gens proches d'eux. Curieuse façon pour le Mouvement Desjardins de contribuer au développement du Québec en enrichissant quelques individus! Ces situations conduisent à des pertes considérables, qui servent à transférer des richessses vers ces personnes très liées à des gens de caisses populaires ou de d'autres composantes de Desjardins.
Bien entendu, à leurs yeux, cela est tout à fait normal! C'est comme cela qu'on fait desaffaires chez Desjardins!
Ajoutons la pratique malveillante d'envoyer des avis de renouvellement d'hypothèques au dernier moment, empêchant ainsi les consommateurs de magasiner, les forçant à prolonger leur hypothèque avec la caisse ou une autre instance de Desjardins. Il y a aussi ces caisses qui, par suite de fusion, se hâtent de se débarrasser de sociétaires, sans aucune raison, au moment du renouvellement de leur hypothèque ou encore ces sociétaires qu'on amène dans les problèmes parce qu'ils ont eu la malchance de s'apercevoir d'erreurs dans les montants retirés sur les comptes pour payer leurs hypothèques ou encore qu'un proche de dirigeants s'intéresse particulièrement à s'approprier leurs propriétés. On pourrait aussi parler de ces relations de dirigeants de caisses qui bénéficient de conditions avantageuses alors que le principe d'égalité est une caractéristique recherchée par le Fondateur. Le Regroupement a un cas de prêt hypothécaire accordé sans intérêt par une Caisse de la Beauce. Combien d'autres trouvera-t-on en fouillant les caisses de la Province?
Autres exemples d'abus
On a aussi ces cas de magouilles où des dirigeants de caisses et leurs associés ont arnaqué des Québécois dans des projets de développement immobilier (exemples: cas de la Caisse St-Pascal de Maizerets à Québec (environ 500 personnes et une perte de l'ordre de 25 millions de $); cas de la Caisse Immaculée-Conception à Sherbrooke et de certains de ses dirigeants impliqués directement dans le projet des Tours de Liesse à Montréal avec une perte de plusieurs millions de $ pour plus de 50 personnes de la région de l'Estrie, etc.). Ce n'est là qu'une ébauche fragmentaire, d'autres cas sont en voie d'analyse pour publication ou pour dépôt devant la Cour par des victimes. Cela vient en contradiction avec les propos du Président du Mouvement, en septembre 1996, qui a déclaré devant des journalistes (propos rapportés par le Devoir):"Je voudrais qu'on m'amène un seul cas qui ne s'est pas réglé hors cour ou à l'amiable..."
Situations observées
Voici un échantillon de situations observées par le Regroupement, avec dossiers à l'appui:
a) des dirigeants qui fabriquent de faux affidavits ou autres faux documents pour ca- moufler des erreurs commises contre des sociétaires ou se venger de sociétaires trop perspicaces et soucieux de savoir la vérité;
b) des dirigeants de caisses (bénévoles et employés) qui se prêtent généreusement de l'argent ou à leurs relations proches sans respecter la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit, ni les normes, en plus de camoufler ces gestes à leurs sociétaires (exem- ple: prêts à 100% et plus de la valeur des propriétés); l'exemple vient de haut comme l'a démontré le cas du Président de la Fédération de Montréal et de l'Ouest du Québec, Jocelyn Proteau;
c) des situations de conflits d'intérêt et de véritables fraudes documentées montées contre des sociétaires et impliquant des dirigeants de caisses;
d) des dirigeants de caisses qui font des ponctions sans autorisation dans les comptes de sociétaires, de l'intimidation de sociétaires qui posent des questions sur des irrégularités dans leurs comptes ou ceux d'autres personnes (parents ou amis);
e) la participation de professionnels (notaires, avocats, etc.) dans des activités douteu- ses avec des dirigeants de caisses, sans oublier des situations où ces professionnels siègent eux-mêmes dans des instances de direction de ces mêmes caisses;
f) des situations d'exploitation et de dépossession par des dirigeants de caisses contre des personnes moins instruites et sujettes à des abus faciles;
g) des dirigeants de caisses, en particulier des directeurs généraux, qui intimident les sociétaires et leurs employés par du harcèlement ou des mesures dilatoires; etc...
Une majorité de victimes n'osent pas parler, n'ayant personne à qui confier leurs malheurs. Le temps mis par les bénévoles du Regroupement à écouter ces gens et à étudier toute la documentation qu'ils fournissent permet maintenant de comprendre pourquoi de plus en plus de ces gens ont décidé de parler. Ils retrouvent actuellement une raison de se battre pour récupérer les biens et les avoirs dont ils ont été spoliés. Les abus sont multiples, graves et destructeurs et ils vont à l'encontre des principes les plus importants du Mouvement Desjardins, ceux d'entraide et de coopération. Pourquoi en est-on arrivé là?
Un écran de fumée
Les dirigeants du Mouvement Desjardins et leurs fabricants d'images, à l'interne comme à l'externe, passent beaucoup de temps à faire croire qu'ils ne sont pas comme les banques et surtout qu'ils sont démocrates, respectueux de leurs sociétaires, tout dévoués aux valeurs qui ont permis au Québec de devenir une société moderne et riche. Cela est de la frime!
Les informations qui précèdent permettent de mettre en doute les pratiques d'endoctrinement si largemment utilisées par ces dirigeants pour endormir les Québécois et les Québécoises depuis plusieurs années. La "religion" Desjardins, ce mythe si bien entretenu, a fait de la population d'ici des gens qui n'osent plus parler. Cette religion veut aussi que les dirigeants doivent avoir raison à tout prix et surtout ne jamais compenser financièrement les victimes pour les préjudices causés.
Depuis mars 1996, cela a commencé à changer au grand désarroi des dirigeants du Mouvement Desjardins qui se pensaient jusque-là au-dessus des lois les plus élémentaires. Combien de temps encore s'obsteront-ils à ne pas voir la vérité en face?
Des pratiques non tolérées dans les banques
Les révélations se multiplient sur les abus du Mouvement Desjardins contre les sociétaires pendant que les médias scrutent les banques, sans parvenir à y déceler des irrégularités ou des scandales. C'est tout le contraire avec Desjardins depuis quelques années. Les médias parlent bien des profits des banques et de leurs frais de services, ce qui n'a rien à voir avec des irrégularités. Les frais de service représentent une proportion fort élevée des revenus d'opérations de Desjardins. Pourquoi ne les fouille-t-on pas présentement? Serait-il que les banques ont développé de meilleurs services aux clients et une véritable entraide? Serait-il qu'elles ont mis au point des mécanismes de médiation efficaces pour résoudre les problèmes qui surviennent? Les dirigeants de Desjardins suivent une tengante contraire en niant même l'existence des victimes de leur système et les irrégularités graves commises contre ces consommateurs de services. Il y a nombre d'indices qui montrent que ses dirigeants sont sur la voie de décoopératiser le Mouvement sans l'accord des sociétaires et avec la complicité bienveillante d'intervenants du Gouvernement et de l'appareil d'État. On parle même de plus en plus de "détournement d'institution" pour qualifier ce qui se passe à l'intérieur de Desjardins.
Cela devient d'autant plus inquiétant qu'une partie considérable de ses opérations, sinon la grande majorité, échappe complètement au contrôle des sociétaires et tombe sous le contrôle peu transparent de quelques individus, vers ce qu'on appelle le volet capitaliste de Desjardins, volet pourtant non inscrit dans sa Loi constitutive, et de qui les sociétaires des caisses n'en retirent aucun dividende.
Quelques constats
Les déviations aux articles 2, 3 et 104 de la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit ont été soulignées. Peu de personnes à l'interne ont osé contester ouvertement la dérive de leur Mouvement. On sent un profond malaise chez des gens qui attendent que la contestation vienne de l'extérieur pour leur donner un levier pour agir. Le Regroupement des Victimes des caisses populaires Inc. est vu de plus en plus comme ce levier. Il s'agit de continuer le travail et surtout de ne pas céder à l'intimidation. Des appuis venant de l'intérieur ou de coopérateurs de carrière à la retraite se manifestement de plus en plus, fait révélateur en soi!
Le Mouvement Desjardins entretient la confusion en invoquant constamment les principes et les valeurs coopératifs tout en faisant le contraire dans la réalité, que ce soit au niveau des comportements des dirigeants des caisses populaires elles-mêmes, mais davantage encore dans la hiérarchie des fédérations et de la Confédération.
Les dirigeants de ce Mouvement, sans véritable consultation des sociétaires et de la population québécoise, ont obtenu des politiciens québécois des privilèges importants dont ils abusent à nombre d'égards et qui portent préjudice aux consommateurs de services tout en faisant supporter à ces derniers les inefficacités d'un système incapable de dispenser des services de qualité aux moindres coûts, sans se faire protéger par l'État.
Le contrôle par les sociétaires est à peu près complètement disparu et ce qui en reste a toutes les apparences d'une duperie. Il n'y a plus de véritables mécanismes de vérification externe indépendant, les dirigeants de Desjardins se sont dotés de services internes de vérification, qui leur sont inféodés, pour les aider à camoufler les irrégularités commises contre les sociétaires ou pour protéger des privilégiés à l'encontre des règles les plus élémentaires du bon sens et de l'éthique.
Comportements questionnables des dirigeants
Les dirigeants de Desjardins se comportent comme des propriétaires et utilisent à leur discrétion l'organisation pour leurs propres ambitions et intérêts particuliers. Ceci prend forme en particulier dans le volet capitaliste qui échappe au contrôle des membres. Il importe de lire cette Loi pour comprendre jusqu'à quel point elle est bafouée, à l'encontre de tous ces Québécois qui ont cru les dirigeants sans vérifier davantage les fondements et l'exactitude de leur discours et sans s'assurer que, comme sociétaires, ils en sont toujours les véritables propriétaires. La "religion" Desjardins a enlevé beaucoup de capacité d'initiative aux gens en se substituant à eux. Elle a fait que, durant des décennies, ils se sont faits dire de ne pas se préoccuper, qu'on s'occupait de leur bien à leur place. La désillusion prend place depuis quelques années et cela s'amplifie.
Les parts sociales sont devenues une risée parce qu'elles ne confèrent aucun droit de propriété à leur détenteur et aucun retour concret sur les investissements. Les ristournes accordées sont minimes dans une institution qui dit travailler pour l'enrichissement des Québécois!
Pourquoi les profits du volet capitaliste ne se traduisent-ils pas en dividendes aux sociétaires alors qu'on leur fait croire qu'ils en sont les propriétaires? Pourquoi n'y a-t-il pas retour aux sociétaires sur la Banque Laurentienne, sur les Assurances Desjardins-Laurentienne, sur la participation à Interac, sur SECUR, etc...?
Cet article ne fait qu'effleurer le problème Desjardins. Il est temps qu'un véritable débat public s'engage. La sécurité des avoirs placés par des centaines de milliers de Québécois n'est plus garantie et l'incompétence dans la gestion de ces avoirs pose un problème sérieux. À moins de changements substantiels et d'un règlement avec les victimes, viendra le moment où il faudra recommander à ces derniers d'en retirer leurs avoirs.
Discours fallacieux
L'habitude des dirigeants de Desjardins de laisser croire qu'ils ne sont pas comme les banques ne résistent pas à l'analyse. Ils sont de moins en moins une coopérative et ils rêvent aux privilèges et aux bénéfices des banques sans avoir obtenu de leurs membres un changement à la loi fondamentale du Mouvement. Les dirigeants n'ont pas attendu ce changement pour se payer des salaires et autres avantages difficilement compatibles avec l'idéal coopératif. Le réflexe automatique des personnes qui prennent connaissance des problèmes dans cette organisation consiste à fuir en prétextant des situations similaires dans les banques, ce qui n'est pourtant pas le cas. Personne à ce jour n'en a rendu publiques. Pourquoi? Pourtant, les journalistes sont à l'affut de tout ce qui se passe dans les banques, bien plus que dans les caisses populaires. S'il y en avait, pourquoi ne sont-ils pas portés à la connaissance du public?
On retrouve dans Desjardins des comportements à l'encontre de leurs sociétaires, comportement qu'aucune banque ne tolère. On a créé des mécanismes de médiation dans les banques pour solutionner les problèmes. C'est tout le contraire chez Desjardins, lorsqu'on sait les manoeuvres peu louables utilisées pour avoir gain de cause. Mais pour combien de temps encore?
À divers égards, le Mouvement Desjardins est devenu difficile à distinguer d'une banque, mais sans en avoir les compétences et la qualité des services. C'est quand on va dans une banque que le mot qualité du service prend tout son sens alors que le Mouvement Desjardins est supposé être là pour ses membres. À quoi sert-il maintenant s'il est incapable de remplir sa mission (articles 2 et 3 de sa loi constitutive)? Les contradictions abondent.
En voyant tout ce qui sort sur Desjardins de semaine en semaine, il nous apparait de plus en plus que c'est une différence majeure d'avec les banques mais, en même temps, un indice qu'il est en sérieuse difficulté. Plusieurs dirigeants sont directement mis en cause dans cette débandade.
Il est temps que ces dirigeants soient questionnés systématiquement et qu'un profond nettoyage s'engage dans toute la hiérarchie pour assainir l'organisation et la rendre transparente en faisant en sorte que tous les sociétaires disposent d'un portrait clair et complet de la situation.
Une enquête publique s'impose! C'est le but de la pétition lancée récemment par le Regroupement pour demander une enquête publique au Gouvernement du Québec, pétition en circulation à travers la Province présentement. Elle sera déposée d'ici la fin de l'automne 1997.
Des changements incontournables
Une question fondamentale se pose: peut-on et veut-on ou non maintenir au Québec le Mouvement Desjardins comme une véritable institution coopérative? Depuis quelques années déjà, il s'en est éloigné largement sans l'accord de ses sociétaires.
Si la réponse est non, il faudra rapidement en informer les membres et prendre les dispositions nécessaires pour modifier les lois qui le concernent. Plusieurs écrits ont fait état de cette tangente et mis en évidence les conséquences néfastes sur le développement de cette organisation et sur les problèmes engendrés du simple fait d'ignorer les principes fondamentaux qui l'ont guidé pendant des années.
Le Ministre des Finances du Québec, M. Bernard Landry, a empêché, pour des raisons obscures, qu'un véritable débat s'engage à l'automne 1996, alors qu'il a fait adopter à toute vapeur dans les dernières heures de la session à l'Assemblée Nationale, la révision de la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit (Loi 69).
Ce faisant, il a tout simplement masqué la réalité, le contenu du projet de loi passant à côté des problèmes fondamentaux présents dans le Mouvement Desjardins. Il est apparu avoir un préjugé en faveur des dirigeants de ce Mouvement et non des consommateurs, en ce qui concerne la révision de la Loi sur les produits financiers (projet de loi 134). Dans ce cas, on semble vouloir renforcer les privilèges indûs accordés à une petite élite.
Voies à explorer
Il faudra certainement se pencher sur des mécanismes efficaces qui feront en sorte que les sociétaires soient des propriétaires de plein droit et contrôlent toutes les composantes de leur organisation, qu'ils en suivent les activités et en retirent des dividendes sur l'ensemble des opérations tout en recevant toute information pertinente pour les aider à suivre l'évolution des activités de celle-ci.
Le Regroupement a des idées à soumettre pour corriger le tir et faire en sorte que les principes et les valeurs coopératives soient de nouveau la priorité du Mouvement Desjardins. Il faut aussi que les victimes de ce système soient dédommagées vite et complètement dans le plein respect des principes de coopération et d'entraide, si chers au Fondateur lui-même.
Les réparations nécessaires à prévoir (financières et autres) pour les préjudices causés aux victimes constituent une étape incontournable. Le Regroupement travaille aussi à dégager les voies les plus propices pour faciliter une réforme en profondeur de cette organisation à la lumière d'un véritable débat public. Quant à la pétition, elle reçoit un accueil incroyable et apprécié. Pourquoi?
Elle correspond à un besoin ressenti profondément par les Québécois et les Québécoises. Les gens ne comprennent pas que Desjardins ait renié les valeurs énoncées par son Fondateur et que ses dirigeants persistent à les tromper.
Se pourrait-il que les dirigeants, chez Desjardins, aient peur de ce qu'ils apprendraient dans un débat public?
On croit au Regroupement qu'il existe encore des pistes de solutions intéressantes pour le transformer dans l'intérêt des gens d'ici. Mais les dirigeants de Desjardins doivent commencer par admettre l'existence de victimes de leur système et qu'elles subissent des préjudices graves.
Les dirigeants de Desjardins entretiennent la confusion par la désinformation. Un contrat ambigu lie présentement les Québécois avec cette organisation, résultat d'un mythe bien entretenu et d'un endoctrinement qui a endossé les caractéristiques d'une véritable religion. Nombre d'observateurs se questionnent. Récemment, M. Victor-Lévy Beaulieu et le notaire Paul Carbonneau, un ancien dirigeant de caisse populaire, ont livré leurs commentaires dans les médias avec une clarté et une pertinence qui leur font honneur. Desjardins a enfermé les Québécois dans un univers étroit où ses dirigeants se comportent comme des despotes "bien pensants et éclairés"! La désinformation a pris une telle importance au Québec qu'on se demande si un jour la vérité va reprendre ses droits au nom de principes élémentaires comme la démocratie et la justice sociale.