LE MOUVEMENT DESJARDINS RENIE DE PLUS EN PLUS LES PRINCIPES DE SON FONDATEUR
15 août 1996
Depuis sa mise en place en mars dernier, le Regroupement des Victimes des Caisses Populaires a reçu de nombreux dossiers et témoignages, parfois même de personnes associées au Mouvement Desjardins, qui illustrent à quel point cette organisation est devenue une immense bureaucratie au service des intérêts particuliers de ses dirigeants et de leurs ambitions de grandeur. Parmi les victimes qui se sont présentées au Regroupement, une majorité est formée de personnes qui ont peu d'instruction et qui ont le malheur de ne pas comprendre les documents ou les gestes qu'elles posaient ou encore qui n'ont pas été informées adéquatement. D'autres ont fait une confiance aveugle aux personnes à l'emploi du Mouvement Desjardins sans se questionner davantage. Cela fait des années qu'on endoctrine le Québécois à penser qu'hors du Mouvement Desjardins, les gens se font exploiter et que tout est mauvais. On est pourtant fort loin de la vérité, le véritable méchant n'étant pas qui on peut penser!
Le cas de l'assurance-hypothèque est un exemple particulièrement grave dans ce contexte. Au Québec, le Mouvement Desjardins est le principal prêteur hypothécaire jusqu'ici. Le Regroupement a commencé à recevoir des cas de familles qui, au décès d'un parent, étaient convaincus que le défunt était assuré puisqu'il avait payé une prime à cet effet pendant un certain nombre d'années. Le cas de la famille Julien de la Basse-Ville à Québec est un exemple parmi d'autres. Or, il appert que, malgré ce que laisse croire le Mouvement Desjardins, la formule d'adhésion n'est pas un contrat et que les personnes ne sont pas assurées. On découvre que c'est après le décès d'une personne que l'Assurance-Vie Desjardins décide si la personne est assurée et assurable. L'Association des intermédiaires d'assurances de personnes du Québec a mené des travaux importants à ce sujet et conclut qu'il y avait là des lacunes majeures qui allaient à l'encontre du respect le plus élémentaire des gens. Le Mouvement Desjardins a lancé une campagne de dénigrement contre cette Association sans pour autant parvenir à démontrer qu'elle avait tort. Combien de gens sans des revenus élevés paient des primes d'assurance-hypothèque sur une propriété? Ont-ils les moyens de laisser à leurs descendants une propriété qu'ils doivent continuer à financer?
L'assurance-invalidité est un autre exemple intéressant qui illustre les pratiques du Mouvement Desjardins. Le cas de Mme Goulet à l'Ancienne-Lorette en est un parmi d'autres. Un individu paie une prime d'assurance-invalidité mais ne reçoit pas de contrat du Mouvement Desjardins. Survient un problème grave de santé et la personne en cause doit alors recourir à son assurance-invalidité. Des cas soumis à l'attention du Regroupement révèlent que le Mouvement Desjardins renie ses engagements dans plusieurs cas en prétendant que la personne concernée a fait délibérément une fausse déclaration à l'assurance. La personne est alors sans défense et doit recourir à un avocat et à des procédures judiciaires qu'elle ne peut généralement pas se payer. Les gens ordinaires sont de malheureuses victimes devant de tels comportements.
Il est aussi inquiétant de constater à quel point, dans les Caisses Populaires, les conflits d'intérêts sont omniprésents chez les dirigeants, que ce soit des personnes qui siègent sur les instances de direction et qui ont des professions les mettant dans une situation de tiers (avocats, notaires, arpenteur-géomètre, entrepreneurs en construction, évaluateurs, comptables) ou encore des employés cadres, en particulier les directeurs généraux qui sont associés en affaires à l'extérieur de leur travail (dans le domaine de l'immobilier (le cas du Directeur des Caisses St-Sacrement et St-Pascal à Québec) ou encore qui agissent comme agent d'immeuble ou évaluateur, etc...).
Ce ne sont là que quelques illustrations de ce qui se passe. Les sociétaires des Caisses devraient-ils avoir droit à plus de transparence et à un respect de certaines règles d'éthique, en ayant la certitude que les gens qui s'occupent de leur argent sont au-dessus de tout soupçon?
On peut s'interroger sérieusement sur la démocratie et la coopération dans les Caisses Populaires lorsqu'on constate qu'une majorité des dirigeants occupent illégitimement leur fonction puisque les assemblées générales ne sont, dans la plupart des cas, pas convoquées conformément à la Loi sur les Caisses d'épargne et de crédit. La Loi, à l'article 104, stipule que les sociétaires doivent recevoir à la maison une convocation écrite aux assemblées avec les documents appropriés. La seule situation qui permet de passer outre est l'adoption d'un règlement où les sociétaires auraient accepté de ne pas être convoqués à la maison. Mais pour cela, il faut que préalablement tous les sociétaires aient reçu un document exposant les motifs de les soustraire à cette convocation à la maison et qu'une majorité de l'ordre de 75% ait accepté cela au cours d'une assemblée générale où ce sujet a été débattu. Il appert que cela n'a pas été fait. Pourquoi donc les dirigeants des Caisses passent-ils outre à la Loi? Ne cherche-t-on pas à s'assurer de nommer ses amis ou ses relations d'affaires dans la direction de la Caisse ou encore ne veut-on pas exercer un contrôle qui sera favorable à ses propres intérêts personnels? Pourquoi retrouve-t-on autant d'avocats et de notaires dans les instances de direction? Ce constat est fort grave mais négligé à l'heure actuelle, ce qui est fort inquiétant compte tenu des difficultés économiques actuelles.
Le Regroupement des Victimes des Caisses Populaires va continuer à révéler nombre de situations fort graves que le Mouvement Desjardins cherche par tous les moyens à camoufler pour sauver les apparences et continuer à faire croire qu'il est au service des Québécois. Il ne pourra plus mentir indéfiniment aux Québécois et il devra expliquer pourquoi, depuis les cinq dernières années en particulier, on a assisté à une multiplication des révélations sur la place publique des cas de magouille et de fraude dans le Mouvement Desjardins ainsi que des cas qui montraient les combines entre individus pour s'approprier des avantages sur le dos des sociétaires. Un bel exemple de ces privilèges est fourni par le notaire Carol Brunet dans les Laurentides au nord de Montréal qui vient de faire faillite. Fait troublant: l'acte de faillite révèle des dettes d'un peu plus de 3.0 millions de $ pour un actif de moins de 400 000$. Ce qui est bien révélateur, c'est la liste des créanciers non-garantis, donc sans aucune mise en dépôt de valeurs, qui indique que la Caisse Populaire de St-Jérôme a une créance non garantie de plus de 1,2 million de $ avec ce notaire. La Caisse ne s'est même pas présentée à l'assemblée des créanciers. Les sociétaires vont perdre cet argent. Pourquoi la direction de la Caisse essaie-t-elle de couvrir ses erreurs et le fait que ce notaire était impliqué dans des transactions d'affaires comme notaire pour des clients à cette même Caisse? Qu'est-ce qui justifie qu'il ait eu un tel privilège? Combien en trouvera-t-on de telles histoires à travers la Province? Pour qui travaillent réellement les dirigeants dits "bénévoles" et les employés cadres de ces institutions?
Il est peut-être temps que les Québécois se questionnent. A-t-on droit de les tenir ignorants de ce qui se passe actuellement dans le Mouvement Desjardins? Est-ce que les ACEF, en particulier, ne pourraient pas aider les Québécois à prendre conscience de ces problèmes et à exiger que le Mouvement Desjardins procède rapidement à des réformes majeures? Où sont-elles elles-mêmes à la merci du Mouvement Desjardins comme sociétaire, emprunteur ou autrement, par exemple pour l'obtention de subventions gouvernementales ou autres, y compris des contributions de ce même Mouvement?