LE MOUVEMENT DESJARDINS IMPOSE SA LOI AU GOUVERNEMENT! 

30 mars 1997

 Jusqu'à maintenant, le Mouvement Desjardins a forcé la main des dirigeants gouvernementaux pour faire adopter des lois qui le concernaient, en particulier la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit, en s'en tenant largement à ce que les dirigeants de cette organisation exigeaient. La lecture des débats sur la révision de la Loi en 1988 le montre amplement, y compris l'absence totale de débats publics et le peu de mémoires qui ont été déposés pour sensibiliser les Québécois. Il faut se rappeler que, peu de temps après, le Ministre responsable, M. Pierre Fortier, et son chef de cabinet, sont passés au Mouvement Desjardins puis l'Inspecteur général lui-même, M. Jean-Marie Bouchard. Ce dernier y est encore et c'est lui d'ailleurs qui dirige le lobbying contre le Rapport Baril sur la révision de la Loi sur la distribution des produits financiers au Québec. De bien curieuses coïncidences, n'est-ce pas?

Plus curieux encore, le Ministre Bernard Landry a déposé, sur le tard, l'automne dernier le projet de loi 69, entraînant une révision majeure de la Loi de 1988 sur les Caisses d'épargne et de crédit. Comme par hasard, il ne fut mis à l'étude que sur le tard. En l'absence de tout débat public et d'une commission parlementaire qui aurait entendu toutes les personnes et organismes intéressés, il a réussi à la faire adopter à toute vapeur dans les dernières heures de la Session juste avant Noël. Cette révision contenait 178 articles, de portée fondamentale. Pour servir quels intérêts le Ministre des Finances a-t-il ainsi précipité les choses? Il n'y avait absolument aucune urgence. Ce projet de loi évacuait toute discussion sur les problèmes fondamentaux de Desjardins, que quelques médias ont commencé à mettre en évidence au cours des derniers mois malgré les pressions énormes du Mouvement Desjardins qui ne tient surtout pas à ce que la vérité éclate au grand jour sur les graves problèmes de cette organisation.

Le Regroupement découvre de semaine en semaine qu'une très, très grande majorité de Québécois ne connait pas la Loi sur les Caisses d'épargne et de crédit et même son contenu. Même des dirigeants de Caisses ou d'ex-dirigeants nous avouent ne pas la connaître. Les sociétaires des Caisses réalisent aussi qu'ils ne disposent d'aucun mécanisme de protection comme consommateurs de services de Desjardins. De plus, s'ils étaient bien informés, ils se rendraient compte qu'une partie fort importante des opérations du Mouvement Desjardins échappe complètement à leur contrôle puisque leur part sociale ne leur donne aucun droit de propriété et pas davantage de droit sur les profits réalisés par les composantes achetés par les dirigeants de Desjardins, sans les consulter d'ailleurs.

Pensons seulement à l'achat du Groupe la Laurentienne et de la Banque Laurentienne où les sociétaires n'ont pas eu un mot à dire! Pensons aussi à l'implication grandissante des dirigeants de Desjardins qui s'associent à des entrepreneurs pour concurrencer sans scrupule des petites entreprises bien établis. On pourrait parler ici du racket présentement dénoncé par quelques médias, qui osent commencer à dire la vérité aux Québécois, dans le secteur de la réparation des véhicules, des bijouteries, des systèmes d'alarme, etc... On pourrait parler de ces concessionnaires automobiles, faisant affaires avec des caisses populaires, qui font l'objet de pressions subtiles pour que ces concessionnaires ne recourent pas au programme de financement des compagnies automobiles, avec des taux d'intérêt très bas.

Le Regroupement a révélé à la Commission parlementaire du Budget et de l'Administration ainsi qu'aux médias, depuis septembre 1996, toute une liste de privilèges accordés au Mouvement Desjardins à l'insu de la population québécoise. Plus on fouille, plus on constate que cela s'est fait à l'insu d'une consultation des Québécois, dans l'unique but de servir des intérêts particuliers.

Une nouvelle manifestation de l'obscurantisme et du manque de transparence nous a été donnée par l'adoption à toute vapeur de la Loi 69 révisant la Loi sur les caisses d'épargne et de crédit. Cela va plus loin encore puisque, dans le Soleil du samedi 29 mars 1997, on voit apparaître, de façon anodine, un avis comme quoi la Caisse centrale Desjardins du Québec a l'intention de présenter un projet de loi d'intérêt privé pour modifier des éléments de la Loi précédente qui la concerne. Pourquoi un projet privé alors que la Loi 69 était une loi à caractère public? Que se passe-t-il pour que le Mouvement Desjardins essaie de soustraire à trop d'attention du public québécois, ses intentions? Tout le monde sait bien que peu de gens prennent connaissance de ces annonces placées dans des recoins des journaux.

LES CHANGEMENTS DEMANDÉS SONT FONDAMENTAUX ET APPELLENT UN DÉBAT APPROFONDI.

En consultant autant la Loi de 1988 que la révision de décembre dernier, il est intéressant de constater qu'aucun chapitre de la Loi et des dispositions spécifiques ne sont incluses dans cette Loi pour régir les organisations périphériques aux Caisses, dont la Caisse Centrale Desjardins et la majorité des autres composantes du holding Desjardins, à l'exception des Caisses elles-mêmes, des fédérations et des confédérations. Dans ces derniers cas, les fédérations et la confédération échappent à des dispositions imposées aux caisses. Il y a de curieux hasards!

Lorsqu'on analyse cet avis, il est aussi intéressant de constater que le même bureau d'avocats qui s'occupe des affaires de la Fédération des Caisses de Montréal et de l'Ouest du Québec, des intérêts du président de cette dernière et d'affaires dans les Caisses, est aussi celui qui travaille pour la Caisse Centrale Desjardins! Il y a là des apparences de collusion et de conflits d'intérêts qui ne manquent pas de soulever des questions. Aucun média, curieusement, n'a encore fouillé ces relations pour le moins incestueuses entre divers intervenants intéressés. Le pouvoir et les intérêts sont concentrés de plus en plus entre les mains de quelques individus bien branchés. La concentration au Québec déborde le cas de la presse dont on entend parler souvent pour s'étendre à ces organisations monopolistiques comme Desjardins qu'on dit servir les intérêts des Québécois. Mais quels intérêts exactement?