Québec, le 26 mars 1998
M. Claude Béland
Président
Mouvement Desjardins
Monsieur,
Dans un document que nous allons bientôt introduire sur notre site Internet, un conseiller technique principal en informatique de votre organisation s'est livré à des réflexions hautement pertinentes et éclairantes sur le cancer qui ronge votre organisation. Un petit extrait vous donnera une idée de son contenu: "...Desjardins est devenu un milieu où les dirigeants du "Mouvement" et certains cadres supérieurs de la Confédération et les fédérations sont devenus les hommes au service d'eux-mêmes."
Quand, pour annoncer des surplus, il faut que votre organisation se livre à des manoeuvres discutables sur le dos des sociétaires, souvenons-nous de l'arnaque sur les ex-agents du Permanent, de l'affaire de la Caisse populaire St-Pascal de Maizerets, etc... ou encore de s'approprier des argents dans les fonds de retraite des employés ou encore de ne pas payer les réclamations d'assurances, ce qui se fait à une échelle étonnante dans vos compagnies d'assurance, malgré la désinformation pratiquée par votre organisation pour masquer ce fait. L'un de vos dirigeants, M. Pierre Michaud, l'illustre bien malhabilement à chaque fois qu'il tente d'expliquer les agissements de son organisation contre des assurés. On ne veut pas payer et on pousse les gens à se prendre un avocat, sachant très bien que cela signifie des coûts et des délais et que nombre de gens n'ont pas les moyens de se défendre. Il est facile de déclarer des surplus en agissant ainsi. On pourrait également faire état des pratiques en matière d'assurance-prêt-invalidité où vos dirigeants se permettent des choses discutables sur le dos de clients dans le seul but de ne pas payer les réclamations et vous donner la possibilité de faire apparaître des surplus.
Nous aurons d'autres surprises prochainement, qui ne seront certainement pas de nature à vous aider à améliorer votre image fortement ternie dans la population. À chaque fois qu'il sort des cas sur la place publique et que les Québécois apprennent les agissements de votre organisation, vous perdez du terrain. Ce ne sera pas votre ambition de vendre de l'assurance-vie dans les caisses qui va arrêter votre recul. L'illusion des chiffres ne change rien à ce qui se passe sur le terrain, dans le quotidien. C'est là que nous oeuvrons et que nous pouvons passer des messages qui ensuite, par le bouche à oreille, circule d'une façon étonnamment efficace.
Du haut de votre tour d'ivoire et protégé par vos communicateurs qui se chargent de manipuler l'information et de construire, depuis des années, une désinformation permanente et malicieuse, vous ne réalisez sans doute pas la gravité de ce qui se passe dans le monde réel, dans vos caisses et vos autres instances. C'est peut-être pour cela que vous avez demandé à votre ami André Roy de vous protéger dans une lettre que son avocat nous a fournie si aimablement. Il voulait sans doute vous empêcher de prendre conscience de l'étendue de la corruption présente dans la tête même du Mouvement.
Au fur et à mesure que les médias commencent à publier sur une base régulière de nouvelles affaires touchant votre organisation, la population québécoise mesure l'ampleur du cancer et une dure réalité: les dirigeants de Desjardins les ont bernés. Cela s'accompagne de la découverte, et les lignes ouvertes ne manquent pas d'y faire référence, d'un véritable repaire de profiteurs, de fraudeurs et de gens malicieux, tout cela sous le couvert d'une image de "pureté" et de dévouement axée sur le bien-être des Québécois.
Nous vous avons envoyé récemment un communiqué qui montre bien, documents à l'appui, comment votre très cher ami, le Président de la Fédération des caisses de Montréal et de l'Ouest du Québec, se sert de sa position pour s'avantager personnellement et ses proches acolytes. Les conflits d'intérêts sont omniprésents dans votre organisation et vos instances dites de surveillance et de déontologie ne sont elles-mêmes pas indépendantes et neutres puisque des gens qui y siègent, notamment des avocats et des notaires, s'y trouvent en situation de juges et parties. Ils ne veulent pas toujours prendre leurs responsabilités en risquant de se mettre à dos des dirigeants de leur organisation qui sont parfois des amis ou des relations d'affaires.
Si vous ne le réalisez pas encore, le Mouvement Desjardins va faire l'objet de révélations constantes et de plus en plus lourdes de conséquences pour l'avenir de cettte organisation. Vous n'avez encore rien vu et nous savons que nous ne serons pas seul à le faire. Si vous n'en êtes pas conscient, chaque affaire qui vient sur la place publique convainc de nouvelles personnes de ne plus faire affaires avec Desjardins. Nous en avons des échos quotidiennement et nous-mêmes nous nous faisons un plaisir d'instruire un nombre élargi de Québécois à ce qui se passe chez vous. Après tout, nous travaillons pour le bien-être des gens et non pas pour les déposséder de leurs biens comme on le constate quotidiennement du côté de Desjardins.
Nous ne comprenons tout simplement pas que vous vous entêtiez à ne pas régler avec nous, les victimes de votre système, alors que, de jour en jour, va s'étendre le nombre de ceux et celles qui vont se mettre à parler. Vous ne pourrez pas indéfiniment tromper la population en lui faisant croire qu'ils sont des millions dans Desjardins alors qu'on sait que ces chiffres comportent une belle dose de manipulation tout comme d'ailleurs les chiffres sur la situation financière!
Il était désolant de voir avec quel cynisme vous avez manipulé l'information, ainsi que vos accompagnateurs, lors de votre présentation devant la Commission des finances publiques récemment, qui entendait les représentations sur le projet de loi 188. Vous vous êtes encore une fois moqué sans scrupule des Québécois. Nous aurons l'occasion de l'illustrer de diverses façons au cours des semaines à venir.
Durant des mois, vous avez fait preuve d'arrogance en ne prenant pas au sérieux le travail que nous avions engagé. Vous devez comprendre que cela n'est pas le fruit du hasard si notre démarche rejoint maintenant la population québécoise. Le message se passe de plus d'une façon, même si certains médias se taisent encore par peur, sans doute, de perdre des revenus de publicité venant de votre organisation. Même si cela semble vous laisser tout à fait indifférent, vous devrez réaliser que nous sommes engagés dans une guerre sans merci qui va durer aussi longtemps que votre organisation n'aura pas posé le geste de s'engager concrètement à régler rapidement les dossiers des victimes qui sont entre les mains du Regroupement et pris des engagements de nature à nettoyer votre organisation de ce qui est contraire aux pratiques normales dans les institutions financières responsables, ce qui s'accompagnera, cela est inévitable, d'un nettoyage au niveau du personnel mis en cause.
Vous ne mesurez
certainement pas l'étendue de l'information à notre disposition.
Il faut que cesse l'exploitation des sociétaires. Notre site Internet
ne contient qu'une partie limitée de l'information à notre
disposition. Nous savons également quelle efficacité ont
les réseaux de communications par Internet ou d'autres moyens que
nous avons commencés à utiliser. Il vous appartient de démontrer
que vous avez à coeur d'éviter que votre organisation continue
son déclin irrémédiable en prenant charge immédiatement
de la solution des problèmes posés aux victimes de votre
système. Autrement, vous vous dirigez vers une situation qui va
devenir déstabilisante de plus d'une façon.
Espérant
que le message est clair, nous nous attendons donc à ce que vous
identifiiez des gens crédibles et pleinement mandatés pour
nous rencontrer et mettre au point un cadre de règlement des dossiers,
nous comptons que vous ferez preuve d'un souci concret de solutionner ces
problèmes. Cela exclut à l'avance, comme on l'a écrit
auparavant, votre commissaire aux plaintes et votre secrétaire général.
Le jour où vous aurez contribué à apporter des réponses et les pleins dédommagements à tous ces Québécois et Québécoises qui ont rencontré des difficultés avec l'une ou l'autre de vos instances, il deviendra plus facile pour nous de vous aider d'une autre façon à redorer votre blason. En attendant, nous allons livrer une lutte sans merci et qui sera coûteuse en terme de clients et de retrait de fonds. Vous avez dit, lors de votre présentation à la Commission des finances publiques, que perdre un membre chez vous était inacceptable et que vous faisiez tout pour les satisfaire. La réalité vous contredit largement. Il vous appartient de faire en sorte que les Québécois recommencent à respecter votre organisation et à sentir qu'ils en sont véritablement les propriétaires. Il y a tout un chemin à parcourir avant de retrouver cette voie qui a fait de Desjardins une institution respectée.
Jean-Yves Desrosiers
Porte-parole
P.S. Cette lettre sera largement diffusée.
