Texte pris sur VIGILE.NET
«Pluie de scandales»
«Lysiane Gagnon
La Presse Le samedi 23 mars 2002
Quel début d'année affligeant! A défaut de neige, ce qui s'est abattu sur le Québec est une pluie de scandales... les uns à la limite de la fraude, les autres à la limite de l'illégitimité, et tous d'autant plus troublants que dans chaque cas, l'on voit poindre l'existence d'un système bien implanté, qu'il s'agisse du bon vieux «patronage» à l'ancienne ou d'une forme sophistiquée de trafic d'influence.
Commençons par Groupaction, cette firme montréalaise qui, en échange de généreuses contributions à la caisse du Parti libéral fédéral, a reçu plus d'un million et demi de dollars pour produire trois rapports... dont les deux derniers ne sont que des copies du premier.
Groupaction, de même que deux de ses filiales, faisait partie d'un groupe sélect de neuf entreprises qui, à la suite d'un «concours public» (!), avaient obtenu le privilège de recevoir des contrats gouvernementaux sans appel d'offres. Devinez donc quelle est la couleur politique de ces firmes?
Et cela ne serait que la pointe de l'iceberg. On soupçonne le gouvernement Chrétien d'avoir mis en place, au Québec et peut-être ailleurs, un véritable système de financement occulte: tu verses tant à la caisse du parti, je te refile un contrat valant 10 fois plus...
Ce genre de favoritisme n'a rien de neuf, mais Groupaction en a remis, ajoutant le cynisme à la cupidité.
Son mandat était dérisoire: il s'agissait d'énumérer des lieux et des activités où le fédéral pourrait se donner de la «visibilité» - une liste que n'importe quel ado le moindrement déluré pourrait dresser, mais que le fédéral a payée, dans un premier temps, un demi-million. Quant au texte de présentation, bourré de clichés, il n'a pas dû requérir plus d'une journée de travail.
Deuxième contrat: le premier rapport est pratiquement photocopié; et la magouille a été répétée une troisième fois.
Si les auteurs de ce honteux épisode, tant du côté de l'entreprise que du côté gouvernemental, s'en tirent indemnes, c'est à désespérer du genre humain. On veut bien croire que son pouvoir incontesté a donné au gouvernement Chrétien une arrogance sans borne, mais il y a des limites à l'indécence.
L'une des causes (pas la seule) du scandale de Groupaction, c'est l'absence, au fédéral, d'une loi régissant le financement des partis politiques. Mais cette loi, qui fait la fierté du Québec, n'empêche pas tous les abus de pouvoir.
Allons d'Ottawa à Québec en survolant l'île de Montréal... où l'on a vu le maire Tremblay créer une pléthore de postes de «conseillers politiques» pour donner des emplois à ses organisateurs électoraux.
Telle est la forme moderne du patronage: on soigne ses amis, ses organisateurs et ses donateurs en ouvrant des postes dans la fonction publique, en créant des organismes, des agences, en distribuant les mandats et les contrats, en multipliant les postes de fonctionnaires politiques. C'est encore plus coûteux, pour les contribuables, que l'ancien système de patronage.
Poursuivons jusqu'à Québec, où un autre genre de système, encore plus raffiné, avait été mis en place. Tout comme les bloquistes qui monnaient l'accès à des ministres péquistes pour garnir leur caisse électorale, les péquistes monnayaient l'accès à des programmes gouvernementaux théoriquement ouverts à tous et dont les critères sont pourtant bien définis.
Entreprises et individus étaient incités à passer par l'intermédiaire de lobbyistes qui se payaient au passage en empochant des pourcentages sur les subventions... et devinez donc la couleur politique de ces lobbyistes?
Certains étaient plus proches de l'ex-ministre Baril, qui était, soit dit en passant, responsable de l'organisation électorale du PQ. D'autres, comme le promoteur Sylvain Vaugeois, plus proches du ministre des Finances et futur premier ministre Bernard Landry. Ce dernier, en créant la Cité du multimédia (un projet conçu par M. Vaugeois), a permis au même Sylvain Vaugeois d'empocher plus d'un million de dollars, à coup de pourcentages sur la valeur des crédits d'impôt consentis aux compagnies qui s'y établissaient. (caractères gras et soulignements ajoutés par moi)
On ignorait que tant de lobbyistes pullulaient au Québec. On en découvre un nouveau chaque semaine.
Même Bernard Landry a été lobbyiste! En 1994, il a reçu une dizaine de milliers de dollars à titre de consultant auprès de M. Vaugeois, à qui il a permis d'entrer en contact avec Claude Béland du Mouvement Desjardins. La démarche, qui visait à régler un différend financier, a rapporté environ 250 000 $ à M. Vaugeois. (caractères gras et soulignements ajoutés par moi)
Notons bien que cela s'est produit à l'été 1994, alors que les sondages indiquaient que le PQ serait réélu, avec Bernard Landry à un poste stratégique. Ce n'était pas n'importe quel consultant qui faisait pression sur le président du Mouvement Desjardins.
Personne ne soupçonne M. Landry d'avoir créé cette Cité du multimédia, dont il est très fier, seulement pour renvoyer l'ascenseur à M. Vaugeois. Il n'empêche que le tableau d'ensemble est pour le moins troublant, et que l'on reste bouche bée devant le réseau d'intermédiaires mis en place par le gouvernement péquiste, réseau dont l'unique utilité semble avoir été de permettre aux amis du régime de s'enrichir en parasitant l'administration publique.» (caractères gras ajoutés par moi)
LANDRY «EMBAUCHÉ» PAR VAUGEOIS